Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 1, 1871.djvu/52

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tranger. Ceux de nos lecteurs qui s’étonneraient que le commandement d’un régiment russe ou autrichien pût être confié à un prince prussien, auraient tort. On sait que dans ce monde-là, c’est un usage reçu ; les rois entre eux s’offrent un de leurs régiment comme nous nous offrons un cigare ; C’est devenu aussi naturel que de fusiller un simple soldat qui passe à l’ennemi. — Lors des événements de 1848, considéré comme le moteur le plus enragé du système absolutiste, il fut obligé de se réfugier en Angleterre. Il ne tarda pas à rentrer à Berlin et fut nommé gouverneur de Mayence. Il devint en outre président de toutes les loges de la franc-maçonnerie prussienne.

À ce propos, il nous serait presqu’impossible d’étouffer dans notre âme un cri d’admiration ; ça nous ferait trop de mal, nous aimons mieux le laisser sortir ; ce cri, le voici : Dieu !… que les francs-maçons nous font pitié !… En effet, ne faut-il pas que ces braves gens soient tous en enfance pour aller chercher, comme ils le font partout, leurs plus hauts dignitaires parmi les princes du sang !… que nos francs-maçons modernes et ramollis ne croient pas devoir continuer les traditions un peu rudes de leurs devanciers, d’accord ; ils sont libres ; mais alors, qu’ils renoncent à s’affubler d’un titre qui fut l’effroi des monarques et qu’ils s’intitulent tout simplement : Société des bonnets de coton réunis. Une franc-maçonnerie où les empereurs ont leur fauteuil, c’est presque aussi drôle qu’une association d’ouvriers fondeurs du Creusot qui se mettraient en grève sous la présidence du père Schneider. Frédéric-Guillaume IV, son frère, étant tombé gravement malade, Guillaume fut nommé régent le 9 octobre 1858. Sa régence n’offrit rien de remarquable, sauf une entrevue solennelle qu’il eut en juin 1860 avec l’empereur Napoléon III. On ne sait pas ce que c’est au juste qu’une entrevue de souverains ; beaucoup de bonnes gens de la province croient encore que les princes s’y entretiennent de la grandeur et de la prospérité de leurs peuples respectifs, c’est une erreur : pendant les entrevues de têtes couronnées, qui ne peuvent guère être mieux comparées qu’à celles qui ont lieu dans les antichambres entre larbins de bonnes maisons, la conversation roule uniquement sur le thème suivant : Combien te fais-tu de gratte sur la nourriture de tes bourgeois ?… T’es bête… moi j’ai une double clé de la cave !… En voilà un gâte-métier !… il ne se fait donner que trente du cent par les fournisseurs !… etc…, etc…

À la mort de son frère, Guillaume Ier monta sur le trône de Prusse (2 janvier 1861). En arrivant au pouvoir, il amnistia tous les condamnés politiques afin de faire, dans les prisons, de la place pour en mettre d’autres. — Il s’occupe immédiatement d’une vaste organisation de l’armée et vint de nouveau visiter à Compiègne l’empereur Napoléon III, qu’il avait sans doute besoin de consulter, comme plus ancien dans le métier, sur le meilleur moyen de faire danser l’anse du budget. — Le 17 octobre il fut sacré avec pompe à Berlin, donna encore une amnistie à cette occasion et, pour faire plaisir à Veuillot, déclara tenir