Page:Tourgueniev - Mémoires d’un seigneur russe.djvu/212

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196 IÉIIOIRES.

vit Nicolaî.., . Je vois bien qu’il faut que je dépose ma plainte. Tu as voulu me faire mourir, et Dieu seul a pu me sauver de tes mains.

— Finissez, finissez, messieurs, dit le caissier. — ote-toi de la, lui crie mon hôte ; cet enragé a voulu m’empoisonner ; comprends-tu ce que je dis ? — Cela m’aurait fait grand bien en effet, dit Pavel ironiquement, mais avec angoisse. Écoute, Nicolaî Eréméitch ; je t’en supplie pour la dernière fois.... Tu m’as pousséà bout ; je pourrais n’y plus pouvoir tenir, vois-tu.... Je t’en prie, laisse-nous en repos.... laisse-nous en repos.... sinon, j’en prends Dieu à témoin, l’un de nous deux y passera avant l’autre, et plus vite que ça.

— Je ne’te crains point, cria le gros homme, tu n’es rien, rien, m’entends-tu, bambin ! j’ai en aH’aire à ton père, et je lui ai brisé les deux cornes d’un tour de main ; avis à toi, et prends-y garde ! ·

— Ah ! ne prononœ pas le nom de mon père, Nicolaî Eréméitch, ne prononce pas son nom !

— Ah çà, le drôle me fait la loi.

— Ne me rappelle pas mon père, vois-tu. — Et toi, ne t’oublie pas.... Comme tes soins ne sont pas nécessaires à madame, si l’un d’e nous deux doit partir, tu ne tiendras guère ici, mon pigeon ; souviens-toi que la révolte n’est permise à personne. C’avel tremblait de rage.) Tatiane est punie quand et comme elle le mérite.... si tu t’en méles, elle en verra bien d’autres. ·· Pavel se précipita en avant, les poings levés, et le commis, ; qui s’était mis sur son passage, fut lourdement renversé surf le plancher, pendant que Nicolaî Erémeitch criait à tue-tète zi Les poucettes ! les poucettes ! qu’on lui mette les pou-I cettes ! »

Je ne prends pas sur moi de décrire la fin de cette scène} et si j’ai une crainte, c’est que la délicatesse du lecteur n’eni ait déjà souffert presque autant que moi. I Dès avant la nuit, j’étais de retour chez moi. Une semaine après, le hasard m’apprit que Mme Losniakof avait jugéi propos de garder à son service et Pavel et Nicolaî, mais qu’el