Page:Tourgueniev - Mémoires d’un seigneur russe.djvu/408

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


392 MEMOIRES N

— Nous avons des conserves au sucre, répondit-elle. —Eh bien, apportwnous des conserves, et n’oublie pas ’ l’eau-de-vie. Ah ! écoute, Marie.... tu apporteras aussi ta guitare. ’

— Pourquoi ma guitare ? je ne chanterai point. — Pourquoi cela ?

— Je n’en ai pas envie.

- Folie ! l’envie t’en viendra, des que je.... · — Dès que quoi ? dit vivement Marie en fronçant les sourcils.

—Dès qu’ou t’en priera, ajouta Tchertapkhanof avec une A certaine émotion de dépit.

— » iii-BMG.

Elle sortit, rentra presque aussitôt, mit sur la table des confitures, des verres, des soucoupes et le flacon d’eau-devie, et aussitôt elle alla se rasseoir à la fenêtre. Sur son front se voyait encore la trace du froncement de tout à l’heure ; « pes sourcils se haussaient et se baissaient comme il arrive aux deux petites moustaches de la guêpe.... Quelqu’un de mes lecteurs aura peut-être observé combien il y a de férocité native dans l’expression du visage des guêpes. « Allons, pensai-je, il y aura une bourrasque. » Une sorte de malaise nous rendait silencieux. La coni vernation était devenue impossible, Nédopeouskine était ’ tout abattu, son sourire était contraint et grimaçant ; Tchertapkhanof sou filait, rougissait ; les yeux lui sortaient de la I tête ; moi, je me disposais à partir.... Marie tout à coup se leva, ouvrit des deux mains la fenêtre, mit la tête en dehors, et cria impétueusement à une femme qui passait : « Axinia ! ·· La bonne femme ressauta, glissa en voulant se retourner, et tomba lourdement tout d’une pièce. Marie se rejeta en arrière, et rit aux grands éclats de l’effet de sa voix ; Tchertapkhanof se sentit égayé de l’incident, et rit lui-même en, voyant Fenchantement fou dont était saisi l’impressionnable Nédopeouskine.

Nous avions tous frémi ; l’orage fut dissipé par un folâtre ’ éclair.... l’air était purifié.

Une demi-heure s’était à peine écoulée que déjà on n’au-