Page:Tremblay - L'hôpital public d'Ottawa, 1921.djvu/13

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ans. Ce bûcheron s’est gelé un pied dans le bois. Son transport a été long, très dur, et les privations ont dû être fréquentes. Boule de-Neige est le plus affamé que les sœurs aient encore rencontré dans leur apostolat. Il ne mange pas, il dévore. Il crie famine aux passants, par sa fenêtre qui donne rue Saint-Patrice. Son passage fait du bruit dans le petit Landernau du voisinage. Il s’excuse, cependant, d’avoir toujours faim. Un curieux lui demande : « Noiraud, pourquoi manges-tu sans cesse ? — Je me venge de n’avoir pas mangé ». Quelle belle devise de gourmand !

Mais le temps fuit, les travaux grandissent. L’œuvre se fait chaque jour des amis, qui s’inquiètent du lendemain. Comment soutiendra-t-on l’hôpital sans ressources visibles, sans appui tangible ?’Sœur Bruyère donne la réplique, tout ? bonnement : « La Providence veille ».

En effet, la Providence veille. La quête du dimanche, 11 mai, produit $10.27 ; mais d’autre part le docteur Van Cortland offre gratuitement ses soins aux patients. L’école devient l’adjuvant de l’hôpital. L’enseignement de l’enfance atteint les familles où la paix ne règne pas toujours—car l’alcool creuse bien des estomacs et produit bien des rides. Peu à peu les enfants s’instruisent ; ils répètent à la maison ce qu’ils ont entendu en classe ; la morale, étrangère oubliée depuis si longtemps, s’insinue en tapinois au cœur des adultes, et le cercle familial apprend graduellement la terminologie des choses honnêtes et bonnes. La prière s’instaure dans les habitudes intimes, et la bonne volonté revient avec l’économie. L’aisance ouvre la porte à la charité active. Combien finissent par concevoir que l’hôpital n’est pas une maison de pension pour les riches, mais bien plutôt l’habitat des malades, quels qu’ils soient !

Puis les faibles revenus de l’école comblent les lacunes budgétaires de l’hôpital, qui dévore tout ce que reçoivent les sœurs. Par bonheur, l’économat le plus méticuleux assure l’équilibre financier. Seulement, la population augmente dans le voisinage. Les besoins sont pressants. Le 27 juin, il y a dans les petites pièces cinq malades de passage, deux invalides, et deux orphelines irlandaises. Le 6 août, quatre jeunes filles gravement atteintes sont reçues ; parmi elles se voient trois immigrées pour