Page:Tremblay - L'hôpital public d'Ottawa, 1921.djvu/6

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res profitables, et bientôt, un peu tous les jours, des bandes de négociants, de colporteurs, remontent avec les bûcherons, flotteurs, forestiers quelconques, et offrent aux itinérants de la forêt l’hôtellerie, la pension, l’habillement, les denrées indispensables, comme ils apportent l’intempérance querelleuse et l’ambition processive. Inutile d’insister sur le répertoire aromatisé des liquides sensés utiles et des breuvages réputés agréables, qui usurpent dans ce milieu peu regardant le nom de whiskey. Voilà pour les gens et pour la bonne bouche.

Quant à la topographie, disons que la Haute-Ville et la Basse-Ville sont complètement séparées. Le pont des Sapeurs, jeté sur le canal, réunit bien les deux rives, sans doute, mais de la rue Sussex à la rue Elgin, le bois règne — c’est une borne géographique dont la persistance se remarque aujourd’hui, malgré l’élargissement du point de jonction, malgré l’abattage des arbres d’autrefois.

La Colline du Parlement était un bocage taché çà et là de rares cabanes, et qui descendait jusqu’à l’arrière de notre hôtel Russell, où passait un chemin de raccordement entre les îlots de l’Est et de l’Ouest. Plus bas, c’était la savane.

Les routes, ou du moins ce qu’on appelait fort généreusement ainsi, se manifestaient dans des successions vertigineuses de buttes de sable et de trous de vase dans lesquels les barouches s’engloutissaient amoureusement. Au dire des chroniqueurs du temps, il n’y avait pas un seul trottoir dans la région avant que Bytown eût obtenu sa charte de ville, en 1847.

La Basse-Ville proprement dite comprenait des maisons de commerce et d’habitation échelonnées le long des rues Rideau et Sussex, et des quelques rues transversales qui trouaient les marécages du Marché By et des environs, et allaient se perdre dans le ruisseau de la rue King, en plein bois.

À cette époque aussi, Bytown était un rendez-vous crapulard, dont le cosmopolitisme s’accusait dans la mine des gens autant que dans le langage. C’était le « mi-chemin » entre le Haut-Canada et le Bas-Canada, et le « halfway-house » a toujours eu une signification précise pour les voyageurs de tous les pays. Les plus perspicaces voyaient avec angoisse le dérèglement des mœurs