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series surgissent des Croisades, et depuis lors l’hôpital public synchronise son évolution avec celle de la médecine elle-même.

Au Canada, l’hôpital date du XVIIe siècle. La duchesse d’Aiguillon fonde l’Hôtel-Dieu de Québec en 1637 ; Jeanne Mance fonde l’Hôtel-Dieu de Montréal cinq ans plus tard. Cent ans après la vénérable mère d’Youville établira sa communauté des Sœurs Grises, qui à son tour multipliera ses filiales dans toutes les parties de l’Amérique du Nord, et notamment à Ottawa.

L’institution qui nous intéresse plus particulièrement — l’hôpital de la rue Water, comme tout le monde l’appelle — doit son existence au zèle indéfectible d’une petite sœur de vingt-sept ans, Élisabeth Bruyère, laquelle naquit à l’Assomption le 19 mars 1818, et mourut ici même le 5 avril 1875. Elle fut l’instrument des volontés divines dans la mission pénible qui allait donner à notre ville tant d’héroïnes de la charité pure et simple. Élisabeth Bruyère est connue partout sous le nom de Mère Bruyère, et jamais peut-être les pauvres et les infirmes n’ont prononcé ce nom de Mère avec plus d’affection douce qu’en parlant de Mère Bruyère.

Sœur Bruyère est fondatrice de l’hôpital public d’Ottawa ; elle est aussi la fondatrice et la première supérieure de la maison des Sœurs Grises à Bytown, comme elle est la première supérieure de l’Institut des Sœurs Grises de la Croix, lorsque 1854 amène la séparation des couvents de Montréal et d’Ottawa.

Si nous voulons relever avec précision le terrain que nous allons parcourir, il nous faut tout d’abord poser quelques repères. À l’automne de 1844, le village de Bytown accuse deux établissements distincts, dont les habitants sont groupés à quelque distance de chaque côté du canal Rideau, entre la rivière de ce nom et les chutes de la Chaudière. Ici, la population stable est de quatre mille âmes environ, mais elle s’augmente d’une foule flottante et bigarrée. Depuis 1819, les travaux du canal ont attiré vers les pays d’En-Haut les exodes de l’Est, et l’on est accouru faire commerce avec les ouvriers de toute origine et de toute catégorie employés aux besognes variées que le génie militaire exige. Dès l’ouverture de la navigation entre le Saint-Laurent et l’Outaouais, tout ce monde se prend au piège des affai-