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appeller Académies les lieux où les jeunes gens étoient instruits & élevés. Ainsi l’on dit que pendant que les Romains étoient les Maîtres de la Gaule, il y avoit des Académies à Autun, à Bourdeaux, à Marseille, à Narbonne, à Tours & à Trèves. Le Gendre. Mais en parlant de nos temps cela fait un équivoque qu’il faut éviter, en distinguant ces deux choses, Académie & Université, comme en effet l’usage les distingue.

L’ACADÉMIE DE PEINTURE, fut établie par le Roi il y a plus de 50. ans. Le Cardinal Mazarin en fut le premier Protecteur ; & M. le Chancelier Seguier Vice-Protecteur. Elle est composée d’un Directeur, d’un Chancelier, de quatre Recteurs, d’un Trésorier, de douze Professeurs, d’Ajoints à Recteurs & à Professeurs, de Conseillers, d’un Secrétaire, de deux Professeurs, l’un pour l’Anatomie, & l’autre pour la Géométrie & la Perspective, & de deux Huissiers. On y est reçu, ou comme Peintre, ou comme Sculpteur. Les Peintres y sont reçus selon leurs talens, & avec distinction de ceux qui travaillent à l’histoire, & de ceux qui ne font que des portraits, ou des batailles, ou des paysages, ou des animaux, ou des fruits, ou des fleurs, ou qui ne peignent que de miniature, ou qui s’appliquent à la gravure, ou à quelque autre partie qui regarde le dessin.

L’ACADÉMIE DES SCIENCES. Regia Scientiarum Academia. Elle fut établie en 1666. par les ordres du Roi, mais sans aucun acte émané de l’autorité Royale. En 1699. le Roi lui donna une nouvelle naissance, en lui donnant une nouvelle forme. Le règlement est du 26. Janvier 1699. En vertu de ce règlement l’Académie est composée de quatre sortes d’Académiciens, les Honoraires, les Pensionnaires, les Associés, & les Elèves ; la première classe composée de dix personnes, & les trois autres chacune de vingt. Les Honoraires doivent être tous regnicoles ; les Pensionnaires doivent être tous établis à Paris ; des Associés huit peuvent être étrangers ; les Elèves doivent être tous établis à Paris. Les Officiers de l’Académie sont, un Prèsident, qui est nommé tous les ans par le Roi, un Secrétaire, & un Trésorier.

ACADÉMIE DES MÉDAILLES ET DES INSCRIPTIONS. Regia Numismatum & Inscriptionum Academia. Elle est établie pour la recherche & explication des anciens monumens, & pour consacrer les événemens considérables par des monumens semblables, tels que sont les Médailles, les Jettons, les Inscriptions.

Il y a aussi une Académie de Politique. Regia Rerum Politicarum Academia. Elle est composée de six personnes, qui se rendent certains jours de la semaine au Louvre, dans la chambre où sont les papiers & les mémoires qui regardent les affaires étrangères : ils lisent les choses qu’on leur met entre les mains suivant les ordres de Mr de Torcy, qui fait connoître au Roi leur capacité & les progrès qu’ils font, afin que Sa Majesté puisse les employer daus les affaires, selon qu’Elle le jugera à propos.

Académie, se dit aussi des maisons, logemens & manèges des Ecuyers, où la noblesse apprend à monter à cheval, & les autres exercices qui lui conviennent. Epheborum Gymnasium. C’est ce que Vitruve appelle Ephebeum. Au sortir du collège on a mis ce gentilhomme à l’Académie. Newcastle dit que l’art de monter à cheval prit naissance en Italie ; que ce fut à Naples que la première Académie pour monter à cheval fut établie, & que Frédéric Grison, Napolitain, fut le premier qui en écrivit ; ce qu’il fit en vrai cavalier & en grand maître. Henri VIII fit venir en Angleterre deux Italiens, écoliers de Grison, qui remplirent le Royaume d’écuyers. Gui Allard dit que Pluvinel est le premier qui a établi en France des Académies pour apprendre à monter à cheval. Il étoit du Dauphiné. Newcastle dit aussi que le plus célèbre écuyer qui fut jamais en Italie, étoit à Naples & Napolitain, nommé Pignatel ; que la Broue monta cinq ans sous lui, Pluvinel neuf, & S. Antoine plusieurs années ; que ces trois François, qui firent leur apprentissage sous Pignatel, remplirent la France d’Ecuyers François, qui étoit auparavant pleine d’Ecuyers Italiens. Il croit que la Broue a été le premier qui a écrit en François de l’art de monter à cheval.

Académie. Terme de Peinture. C’est une figure entière, dessinée d’après le modèle, qui est un homme nu, ou la copie d’un pareil dessein. Cette Académie ne m’a coûté qu’une heure de travail.

Académie, se dit abusivement du Brélan, ou des lieux publics où l’on reçoit toutes sortes de personnes à jouer aux dez & aux cartes, ou à d’autres jeux défendus. Les Juges de Police sont obligés de veiller à ce qu’on ne tienne point des Académies de jeu. Voulons que les ordonnances de Police pour chasser ceux chez lesquels se prend & consomme le tabac, qui tiennent Académie, brélans, jeux de hasard, & autres lieux défendus,


soient exécutées. Ordonnance de 1666. Ces lieux que l’on appelle fort improprement Académies, mais beaucoup mieux du nom infâme de Brélan, tout homme d’honneur doit les éviter, & les loix les condamnent. De la Mare. Cet Auteur montre dans son Traité de la Police, L. III. Tit. iv. C. 2 & 3, que non-seulement les Peres & les Loix ecclésiastiques, mais les Loix civiles chez les Païens, ont défendu ces sortes d’Académies. Les maîtres de ces Académies étoient si infâmes & si odieux, que s’ils étoient volés ou maltraités dans le temps du jeu, ils n’avoient aucune action en justice pour en demander réparation. L. i. Præt. ait. ff. de alea. & ibi gloss. Ulpian.

Académie. Il se prend aussi pour les écoliers mêmes. Ce jour-là un tel Ecuyer fit monter toute son Académie. Acad. Fr.

ACADÉMIQUE, adj. m. & f. Qui appartient à l’Académie des Arts & des Sciences. Academicus. Les Questions Académiques de Cicéron. Les exercices Académiques continuent en une telle ville.

ACADÉMIQUEMENT, adv. D’une maniére Académique. Academicè. Cette question a été traitée académiquement, pour dire, suivant la méthode des Académiciens.

ACADÉMISTE, s. m. Ecolier qui fait ses exercices chez un Ecuyer, qui apprend à monter à cheval, à faire des armes, à danser, &c. Equestris disciplinae tyro.

ACADIE, s. f. Acadia. Grande Province de l’Amérique Septentrionale, entre le Fleuve de S. Laurent & la nouvelle Angleterre. Elle a environ cent lieues d’étendue. Les Anglois la céderent aux François par la paix de Bréda en 1667. La France l’a rendue à l’Angleterre par celle d’Utrècht, en 1713.

ACAJA, autrement, IBAMETARA. C’est un des plus grands arbres du Bresil, dont Pison parle, l. IV. c. 16. & qu’il distingue de l’Acajou dont il avoit parlé, c. 6. Il paroît cependant que ce n’est qu’une espèce de l’Acajou ; car il appelle aussi cet Arbre Acaja iba, comme celui-ci.

ACAJOU, s. m. Arbre d’Amérique de la hauteur de nos pommiers, branchu & chargé de beaucoup de feuilles. L’écorce de son tronc est ridée & cendrée. Son bois est rougeâtre, ses feuilles sont sèches, fermes, luisantes, arrondies, & ont cinq pouces de longueur sur trois de largeur. Les extrémités de ses branches se terminent par un bouquet de fleurs panachées de rouge & de verd, d’une seule pièce taillée en entonnoir. De plus de cent fleurs qu’il y a quelquefois sur un bouquet, il n’y en a que trois à quatre qui nouent ; c’est le pistille de la fleur qui devient un fruit de la figure d’une poire grosse comme un œuf d’oie, qui en mûrissant est tantôt rouge, tantôt jaune, & tantôt également teint de ces deux couleurs, & dont la grande acreté diminue à mesure qu’il mûrit. De l’extrémité de ce fruit pend une semence ou amande bonne à manger, revêtue de deux écorces, dont la première est gris de souris, & l’autre brune, entre lesquelles est contenue une liqueur huileuse, très-caustique, & dont on se sert en Amérique pour emporter les dartres & faire tomber les cors des pieds. Le suc de cette poire, qui soutient la semence, quand il est nouvellement exprimé, est blanc, laiteux, & d’une acreté si grande, qu’il prend à la gorge, & qu’on ne peut le boire qu’après qu’il a fermenté & qu’il s’est éclairci ; pour lors il est agréable, & a le goût du vin. Il coule du tronc de l’Acajou une gomme pareille à celle qu’on nous apporte du Sénegal ; mais elle est en plus gros morceaux ; elle se fond dans l’eau comme la gomme Arabique. Thevet, Pison, & la plupart des Voyageurs nous ont parlé de cet arbre.

Il y a d’autres arbres qu’on nomme dans les Isles d’Amérique Acajou rouge, Acajou blanc, Acajou à planches, Acajou à canot ; mais le caractère de ceux-ci ne nous est pas si connu. Monsieur Louvillers de Poinci, dans son Histoire naturelle des Antilles, le décrit plus exactement & différemment de ceci. Voici ce qu’il en dit. Il y a trois sortes d’arbres qui portent le nom d’Acajou. Mais il n’y en a qu’un qui porte du fruit. C’est un arbre de moyenne hauteur, qui panche ses branches jusques à terre. Ses feuilles sont belles & larges, arrondies par-devant, & rayées de plusieurs veines. Il porte des fleurs qui sont blanches, lorsqu’elles s’épanouissent nouvellement ; puis après elles deviennent incarnates, & de couleur de pourpre. Elles croissent par bouquets, & elles exhalent une très-douce odeur. Ces fleurs ne tombent point jusqu’à ce qu’elles soient poussées par une espèce de chataigne faite en forme d’oreille, ou de rognon de lièvre. Quand cette chataigne a pris son accroissement, il se forme au-dessous une belle pomme longuette, qui est couronnée de cette crête, qui devient en mûrissant d’une couleur d’olive, pendant que la pomme se revêt d’une peau délicate & vermeille au possible. Elle est remplie au-dedans de certains filamens spongieux, qui sont imbus d’un suc tout semblable, doux & aigre, qui désaltère grandement, & que l’on tient être très-utile à la poitrine, & aux défaillances de cœur, étant tempéré avec un peu de sucre. Mais s’il tombe sur quelque linge, il y imprime une tache rousse qui demeure jusqu’à ce que l’arbre fleu-


risse