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ACH ACH

ACHAT. s. m. Acquisition ; traité par lequel on achète. Emptio. Il a fait aujourd’hui l’achat d’une terre à sa bienséance. Il a fait un mauvais achat. Il se prend aussi pour la chose achetée. Je veux vous montrer mon achat. Achat passe louage, est un proverbe tiré des Coutumes de Namur ; c’est-à-dire, que l’acheteur d’un héritage peut déposséder le conducteur, ou locataire, sauf à lui son recours contre son locateur. Ce mot vient du Latin adcaptare, ou adceptare. L’achat diffère de l’échange, en ce que dans l’achat on livre, ou on promet de livrer une chose pour un certain prix, & dans l’échange on donne une chose pour une autre, qui n’est pas de l’argent ; par exemple, du blé pour du vin, du bois pour du fèr.

ACHATE. s. m. Achates. Nom propre d’un des compagnons d’Ænée, son ami & son confident, qui, dans Virgile, ne le quitte presque jamais. C’est de-là que ce mot a passé dans notre Langue pour signifier un ami constant, un compagnon fidèle, un homme avec lequel on est toujours.

Sans ce fidèle Achate il n’eût su faire un pas ;
L’un étoit le David, l’autre le Jonathas.

ACHE. s. f. ou bien API. s. m. Plante ombellifére dont les racines sont chevelues, fibreuses & blanchâtres ; les feuilles approchent de celles du persil ordinaire, mais sont plus amples, plus épaisses, & d’un autre vert ; les tiges sont branchues, médiocrement hautes, & portent à leurs extrémités des bouquets de fleurs disposées en parasol. Ses semences sont menues, arrondies, & cannelées sur le dos. Cette plante croît dans les marais & le long des ruisseaux ; transportée dans les jardins, d’âcre & d’amère qu’elle étoit, elle devient douce, & d’un âcre aromatique fort agréable. Le port de toute la plante change aussi par la culture ; c’est ce qui a trompé ceux qui ont cru que l’ache de marais & l’ache cultivée, étoient deux plantes différentes. On nomme en Latin l’ache de marais, ou ache simplement, Apium palustre ; & l’ache cultivée, ou api, & plus ordinairement céleri, Apium dulce, Celeri Italorum. L’ache est apéritive, diurétique, & bonne pour le scorbut. Ses deux espèces, la blanche & la jaune, dans l’extrémité de leur tige, forment un grand panache rempli de fleurs semblables à celles du lilas. Elles fleurissent dans le printemps, & sentent fort bon. La jaune a les racines rougeâtres, & en forme de glands. La blanche les a toutes blanches. Elle se plante de la profondeur de trois doigts à un demi-pied de distance. On la lève tous les trois ans pour en ôter le peuple. L’ache demande médiocrement le soleil, avec une terre grasse & humide. Quelques-uns distinguent quatre sortes d’ache. D’autres en comptent six. 1° L’ache de Macédoine, Apium Macedonicum, 2° L’ache de jardin, Apium hortense, qui est le persil ordinaire. 3° L’ache de montagne, {{lang|la|Apium montanum. 4° L’ache de marais, Apium palustre. D’autres ajoutent, 5° l’ache de Smyrne, Apium Smyrnicum, 6° celui qu’ils appellent Hipposclinum. Les Grecs en certains jeux donnoient une couronne d’ache au vainqueur. De-là vient que sur les médailles de Néron on trouve Isthmia dans une courone d’ache. Voyez Patin, Vaillant dans ses Colonies, & M. Spanheim, p. 314, de l’édit. de Londres.

ACHÉENNE. s. f. Achæa. C’est-à-dire, la triste, la désolée. C’est un surnom qu’on a donné, 1°. à Cérès, à cause de la douleur que lui causa l’enlèvement de Proserpine sa fille. Plutarque, dans son Livre sur Isis & Osiris, dit que les Bœotiens avoient un Temple de Cérès Achéenne. 2°. Aristote, L. de mirabil. dit que les Dauniens, ancien peuple d’Italie, avoient un Temple dédié à Pallas Achéenne.

Ce mot a deux origines différentes. Quand il se donne à Cérès, il vient du mot Grec ἄχος, qui signifie douleur. Mais quand il a été donné à Pallas par les Dauniens, je crois qu’il signifie, qui est venu d’Achaïe, & que ce n’est que le féminin d’Achéen. En effet, ce Temple des Dauniens étoit vraisemblablement bâti par Dioméde & les Achéens ; c’est-à-dire, les Grecs qui vinrent avec lui en Italie, puisqu’Aristote dit qu’on y conservoit les armes de ce Capitaine & de ses compagnons. Ils y déposerent apparemment une statue de Pallas qu’ils avoient apportée, & qui, ou parce qu’ils l’apportoient d’Achaïe, ou parce qu’elle fut mise là par des Achéens, fut surnommée Achéenne.

ACHEIROPOÉETE. Nom Grec, formé de l’α privatif, de χεὶρ, la main, & de ποίητις, fait de ποιῶ, faire, signifie, Qui n’est pas fait avec la main. C'est le nom d'une image de Notre-Seigneur qui se voit à Rome dans l’église de S. Jean de Latran, & qui, à ce que l’on dit, ayant été ébauché par S. Luc, fut achevé par les Anges, & ne fut point fait de main d’homme. C'est la raison & l'origine de son nom.

ACHEM ou ACHIM. Achemum, Acemum. Nom d’une ville & d’un royaume qui occupe la partie septentrionale de l’île de Sumatra. Achem


est le plus grand royaume de l’île de Sumatra, éloignée d’environ douze lieues de la terre ferme où est Malaca. Bouh. M. Corneille écrit dans un endroit Achen, & dans un autre Achen, & le P. Bouhours Achen. J’ai vû des relations qui écrivoient toujours de même.

ACHÉMENIDE. s. m. plus souvent au pl. Achœmenides. Achœmenides, Achœmenidæ. C’est un nom Patronimique, qui signifie, un homme descendu d’Achœmenes, père de Cambyse, & grand père d’un Cyrus, différent du grand Cyrus, homme de la famille royale de ces anciens Perses. Pline & Solin ont prétendu que c’étoit un nom de


Peuple. Ils se sont trompés ; c’est un nom de famille. Xerxès dit dans Hérodote, Livre vii. Chap. ii. qu’il est fils de Darius, fils d’Hystaspe, fils d’Arsames, fils d’Ariamnes, fils de Theispes Cyrus, fils de Cambyse, fils d’Achœmenes. C’est de là qu’on appelle les Rois Perses Achœmenidas, ainsi que le dit Hérodote, Liv. i. Ch. cxxv. Les Poëtes étendent encore la signification de ce nom ; & comme ils appellent Æneadæ, & Romulidæ, les Romains en général, ils appellent de même les Perses Achœmenides, & ils disent Achœmenien ; pour dire Pèrsan.

ACHEMENT. s. m. Terme de Blason, se dit des lambrequins découpés ou chaperons, qui enveloppent le calque & l’écu. Fluentes circa scutum & galeam laciniæ. Ils font découpés d’étoffe & ornés de perles, & de broderie ; parce qu’en vieux François on appeloit achêmes toutes sortes d’ornemens, & particulièrement ceux des femmes ; comme coiffes, guimpes, atours, chaînes, anneaux, &c.

ACHEMINEMENT. s. m. Il ne se dit point dans le propre. Disposition à une chose, préparation qui en fait espérer le succès. Gradus, via. Le mépris des grandeurs de ce monde est un acheminement à la perfection. Le gain de la bataille fait un acheminement à la paix. Sar. Un premier pas si heureux fut un acheminement à une plus grande fortune. M. Scud.

ACHEMINER, v. act. Qui ne se dit au propre qu’avec le pronom personnel, Se mettre en chemin. In viam se dare, contendere, tendere, pergere. Iter instituere, intendere. Ces Voyageurs se sont enfin acheminés. Il s’achemina vers la Cappadoce. Vaug. Il s’achemina par les déserts, pour surprendre l’ennemi à l’improviste. Ablanc. Les Croisés s’acheminoient gais & gaillards à l’entreprise de la guerre sainte, comme assurés d’acquerir le Paradis. Pasq.

Acheminer, se dit figurément en Morale, des desseins, des affaires, des entreprises, pour dire, les avancer, les mettre en bon train pour l’exécution. Perducere, administrare, gerere, procurare. Une vive foi achemine les Chrétiens à la gloire éternelle. Cet Avocat a fort bien acheminé cet affaire, il l’a mise en train de réussir. Le Roi n’a point fait de conquête qu’il n’ait méditée auparavant, & où il ne se soit acheminé comme par degrés.

Acheminé, ée. part. pass. & adj. Viam, ingressusus.

On appelle en tèrmes de Manège, un cheval acheminé, celui qui est accoutumé à aller droit devant lui, qui connoit la bride, & répond aux éperons ; qui est dégourdi, & rompu. Aptus, idoneus. Ces mots se tirent du primitif chemin.

ACHENOIS, oise. s. m. & f. Qui est d’Achem. M. Corneille, dans l’endroit où il écrit Achin, dit Achinois ; mais le P. Bouhours, dans la Vie de S. François Xavier, dit Achénois. Le P. Prémare Jésuite, dans une relation fort ingénieuse & fort bien écrite, qui parut en 1701, dit aussi Achénois. On n’eut point d’autres nouvelles à Malaca de l’armée des Achénois, que celles qu’elle y apporta elle-même. Bouh. Les Achénois sont fort superstitieux à l’égard de se laver & de se purifier pour leurs souillures, ce qui fait qu’ils aiment à demeurer auprès de quelque ruisseau. T. Corn.

ACHERNER. Tèrme d’Astronomie. C’est le nom d’une étoile fixe de la première grandeur dans Eridanus, & dont la longitude est de 10 d. 31. min. & la latitude de 56. d.

ACHÉRON. s. m. Acheron, Acheros. C’est le nom de plusieurs fleuves. On en met un dans l’Epire, nommé aujourd’hui Verlichi nigro, ou Vanas, que Ptolomée appelle Acheron, & Tite-Live Acheros. Strabon en met un dans l’Epire, contrée du Péloponèse, & un autre dans le pays des Brutiens en Italie ; c’est-à-dire, dans la Calabre, que Barrius, dans sa Calabre, prétend être celui qu’on nomme aujourd’hui Campaniano. Il se déchargeoit dans la mer à Butrinto dans le Sinus Ambracius, Auguste ayant conduit une Colonie à Butrinto, fit un pont de mille pieds de long sur l’embouchure de l’Achéron. Tout le monde admiroit cet ouvrage, dit Pline, Liv. iv. C. i. Nous en avons une médaille. August. Butr. La tête d’Auguste nuë : au revèrs P. Pompon. Un pont. Voyez M. Vaillant Med. des Emper. T. 1 . p. 19 ; Strabon met un autre fleuve Acheron en Bithynie, proche d’Héraclée, &c. Mais le plus fameux de ce nom est celui que les Poëtes


Tome I. G comptent