Page:Trevoux - Dictionnaire, 1732, T01, A.djvu/75

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
29
160
ACH ACH


parmi les fleuves de l’enfer : si cependant il est différent de l’Achéron de l’Epire, car on prétend que les anciens ont mis l’enfer en Epire, parce que les premiers Epirotes travailloient aux mines qu’ils trouvèrent dans leur pays, & y faisoient périr beaucoup d’esclaves.

Achéron, est aussi quelquefois un Dieu qui nâquit de Cérès dans l’île de Crète, & qui ne pouvant soutenir la lumière du jour, se retira aux enfers, & y devint un fleuve infernal, Voyez Bocace, L. 3. de la Généal. des Dieux, C. 4. Rudbecks, qui dans son Atlantique, attribue à la Suéde tout ce que les anciens ont dit de quelque pays que ce soit, prétend que l’Achéron, l’enfer, les champs élisées, sont la Suéde, & soutient que la manière dont on rendoit anciennement la justice parmi les peuples du septentrion, est l’original d’après lequel les Poëtes ont tiré toutes les descriptions qu’ils ont données de la justice infernale ou des procédures de Minos, d’Æaque, & de Rhadamante. Hofman dérive ce mot Achéron de l’Hébreu אחרון, qui signifie dernier, ce qui est après, ce qui est éloigné. D’autres le tirent du Grec, c’est-à-dire, de l’α privatif, & de χαίρω, se réjouir, ou bien de ἄχος douleur, tristesse, & ρεω, je coule ; comme qui diroit, un fleuve qui roule des larmes & des pleurs. Les Poëtes prennent figurément l’Achéron pour tout l’enfer.

ACHETER. v. Ceux qui prononcent ajetter, prononcent très-mal. Acquérir quelque chose à prix d’argent dont on convient. Emere. Voyez Achat. Il a acheté une terre, & l’a bien payée : il l’a achetée à beaux deniers comptans. Il a acheté les droits de cette succession. Il a acheté beaucoup d’étoffes à crédit. J’achèterois cela au poids de l’or, pour dire, chèrement. Il est permis par le Droit civil, d’acheter l’espérance. De Roch. Voyez ESPÉRANCE. Celui qui achete des charges publiques, se met dans une nécessité de vendre en détail ce qu’il a acquis en gros. C’est ce que disoit autrefois l’Empereur Sévère. De Roch.

Dès que l’impression fait éclore un Poëte,
Il est esclave-né de quiconque l’achete. Boil.

On dit aussi, acheter des bans ; pour dire, obtenir la dispense de les publier. Quelques-uns dérivent ce mot de acceptare, parce que le consentement de l’acheteur est ce qui rend parfait le contrat de vente. Ménage & du Cange veulent qu’il vienne de accaptare, qui se trouve dans les Capitulaires, & signifie petere & acquirere. D’autres le dérivent de l’Italien cattare & accattare. Les Picards disent encore acater.

Acheter, se dit figurément en Morale, pour marquer les difficultés qu’il a fallu lever, les obstacles qu’il a fallu surmonter, les peines qu’il a fallu essuyer pour obtenir une chose. Redimere carè. Il m’a fait acheter bien cher la grâce que je demandois. Carè vendidit. Prenez garde d’acheter un bien imaginaire, aux dépens d’un vrai bien. Je n’achete point si cher des espérances. Dac. Les hommes sont tellement amoureux de la liberté, qu’ils l’achètent au prix de la vie. Dur. Ce partisan enrichi par les concussions, a acheté de la naissance, & un nom. La Bruy.

On le dit proverbialement en parlant du vin. Qui bon l’achète, bon le boit.

Acheté, ée. part. Emptus, a.

ACHETEUR. s. m. Celui qui acheté. Emptor. C’est l’acheteur d’une maison qui paye les droits seigneuriaux dans la Coutume de Paris. C’est une espèce de revenu, que de n’être pas grand acheteur. Dur. Cette femme est une grande acheteuse ; c’est-à-dire, qu’elle a la passion d’acheter tout ce qu’elle voit. On appelle aussi un acheteur de droits litigieux, celui qui achète des procès, des prétentions. On dit en proverbe, qu’il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs.

ACHETIVER. v. act. Vieux mot, qui veut dire, captiver. Captivum facere.

ACHÉVEMENT. s. m. Fin d’un ouvrage ; la perfection qu’on donne à une chose. Conduite d’une chose jusqu’à son dernier période. Perfectio, consummatio. Nous ne verrons pas l’achévement du Louvre. On ne peut contraindre à, payer avant l’achévement du terme, avant qu’il soit échu. Dans les ouvrages de l’Art, c’est le travail, & l’achévement que l’on considère. Boil.

Achévement. Terme de Poëtique. C’est dans le poëme épique le dernier passage de l’agitation & du trouble, au repos & à la tranquillité ; le point qui termine le dénouement. Il y a de la différence entre le dénouement & l’achévement. L’achévement est un point & un instant sans étendue & sans durée, au lieu que le dénouement n’est pas sans longueur. L’achévement est donc la fin du dernier dénouement. Dans l’Eneïde, la mort de Turnus fait l’achévement, parce qu’elle fait cesser l’action d’Enée. Le Bossu. On dispute si l’achévement doit laisser le héros dans une tranquillité heureuse, ou s’il est libre de le laisser Malheureux. A peine voit-on de poësie qui finisse par le malheur de son héros. Id.


ACHEVER, v. act. Finir, terminer, perfectionner quelques ouvrages. {lang|la|Perficere, absolvere, consummare}}. Dieu acheva l’ouvrage de la création en six jours, & consacra le septième au repos. Achever comme on a commencé. Rarement on achève bien ce que l’on a mal commencé. C’est la Loi Universis Cod. Qui dare Tut. vel Cur. Principio quae sunt inchoata malo, vix bono peraguntur exitu. Permettez que j’achève mon discours. Achevez vîte, finissez. Attalus, chez Martial ; le Thrason, chez Térence ; le Suffenus, chez Catulle, étoient des hommes à tout entreprendre, & à ne jamais rien achever. De Roch. Il se met aussi avec le pronom possessif. Il s’est achevé de perdre par son imprudence.

On le dit aussi avec le pronom personnel. Ce livre s’acheve ; il est tantôt fait.

Achever se dit aussi en Morale, pour dire, Mettre une chose à sa derniére perfection. L’étude commence un honnête homme, & le commerce du monde l’achéve. S. Evr. Voilà un ouvrage acheve, on n’y peut rien ajouter. C’est un homme achevé, qui a toutes sortes de vertus & de perfections. Il jouit d’un bonheur, d’une fortune achevée, à qui il ne manque rien. Souvent les Auteurs ne se donnent pas la peine d’achever leurs ouvrages ; c’est-à-dire, de les polir, & de les revoir.

On dit aussi, Achever ses jours, achever de vivre, achever sa carrière ; pour dire, Mourir. Vitam finire, supremum diem obire. Les mourans laissés sur le Champ de bataille prient qu’on les achève par pitié.

On dit proverbialement, Voilà pour l’achever de peindre ; pour dire, Achever de le ruiner, quand il vient un nouveau malheur à quelqu’un qui l’accable.

Bientôt pour m’achever, un homme a mine austère.
Un exploit à la main, entre en mon Presbytère. Sanlec.

On l’employe aussi, pour dire, Enyvrer entierement. Il ne falloit plus, dit-on, que cette santé pour l’achever.

Achevé, ée, part. pass. & adj. Fini, terminé. Finitus.

Achevé, Parfait, accompli. Perfectus, Absolutus. Quand il se dit des choses, il se prend plus ordinairement en bonne part:C’est une piéce achevée. Il arrive souvent que les choses se présentent plus achevées à notre esprit, qu’il ne les pourroit faire avec beaucoup d’art. La Rochef. L’on ne pouvoit rien voir de plus achevé que sa taille. Quand il se dit des personnes, il se prend en bonne & en mauvaise part. C’est un Prince achevé. C’est un fou achevé ; pour dire, Entiéremenc fou.

En termes de Manège, on appelle un cheval achevé, celui qui est bien dressé, & qui ne manque point à faire un certain manège. On dit, un cheval commencé, acheminé, & achevé; pour exprimer les diverses dispositions & états d’un cheval qui a de l’école.

Ces mots viennent de chef, comme qui diroit, mettre à chef, mettre à perfection.


ACHIER. s. m. Vieux mot. C’étoit le lieu où l’on mettoit les ruches des abeilles. On trouve dans une ancienne Coutume : l’essain d’Aviettes est mien, & le vy partir de mon achier. Il vient d’apiarium, lieu où l’on entretient des abeilles, en le prononçant de quatre syllabes, apiarium, au lieu de cinq. De cette manière on a dit d’abord apchier, & par corruption achier. C’est ainsi que l’on dit S. Poange, de Sanctus Potamius. Ces étymologies & d’autres semblables, font voir que nos anciens Gaulois prononçoient i devant une voyelle, de la manière que nous prononçons ge, gi, & justifient en même temps plusieurs étymologies qui paroissent ridicules aux ignorans.

ACHILLE. s. m. Achilles. Nom propre d’un Prince Grec, fils de Pelé & de Thétis, & que sa mère, en le plongeant dans le Styx, rendit invulnérable, excepté par le talon, par lequel elle le tenoit, & par où il fut tué d’un coup de flèche que lui tira Pâris. Un ancien Poëte, nommé Euphorien, & cité par l’Etymologiste, dit que ce nom lui fut donné par les Myrmidons, parce qu’il n’avoit point été nourri comme les autres de pain, qu’il appelle en Grec χιλὸς. Eustasius, au contraire, veut qu’il soit formé d’ἄχος, tristesse, douleur, parce qu’il en causoit beaucoup aux ennemis qu’il attaquoit. D’autres le tirent de ἄχος, douleur, & λύω, je résous, je dissous, parce qu’il ôtoit la douleur, étant habile en Médecine, qu’il avoit apprise du Centaure Chiron, qui eut soin de son éducation. D’autres enfin disent qu’il vient de l’α privatif, & χεῖλος, lèvre, parce qu’il avoit une lèvre brûlée. Tout cela n’a pas grande apparence.

Des héros de Roman fuyez les petitesses,
Toutefois aux grands cœurs donnez quelques foiblesses.
Achille déplairoit, moins bouillant & moins prompt :
J’aime à lui voir verser des pleurs pour un affront

Boil

.


Le