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ACI ACI ACO


queurs acides rougissent la teinture du tournesol. Pour connoître si une liqueur contient quelqu’acide, il ne faut qu’en verser un peu sur du syrop de violettes étendu sur du papier, ou sur une dissolution de fleurs de bluet ; car alors le bleu se changera tout d’un coup en rouge, ou en couleur de pourpre ; & s’il se change en verd, c’est un signe que la liqueur abonde en sels urinaux, ou lixiviaux. Harris. Voyez l’effet des acides, pour le changement des couleurs & des saveurs, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, écrits par Mr Dodard, ou dans le Traité de Mr Boyle, de la nature des couleurs.

Les acides tempèrent l’ardeur des fièvres, à cause qu’en épaississant la masse du sang, ils en rallentissent les mouvemens impétueux. Les acides versés sur les matières huileuses y causent des changemens qui varient, suivant la nature différente des acides & des matières grasses qu’on veut mêler. La plupart des acides coagulent, & figent le lait. Le mélange d’esprit de nitre & d’esprit de vin, donne une effervescence considérable, accompagnée d’une grande chaleur & d’une raréfaction très-sensible. L’esprit de nitre bien déflegmé & versé sur l’huile de gayac, ou sur celles de gérofle & d’ambre, enflamme tout aussi-tôt ces matières huileuses.

Acide, Terme de Médecine, est un suc séparé par le pancréas. Succus acidus. L’usage du pancréas est de séparer & de filtrer, par le moyen des glandes dont il est composé, un suc acide, qui est porté ensuite par son canal dans le duodénum, où ce suc sert de dissolvant, conjointement avec la bile, pour y donner au chyle sa dernière perfection. On l’appelle aussi Suc Pancréatique. Voyez ci-après ALKALI.

ACIDITÉ. s. f. Qualité aigre & piquante qu’on trouve dans tous les acides. Sentiment d’aigreur qu’excitent les acides en piquant la langue. Acor. Un peu de vitriol laisse dans l’eau une acidité agréable. Le vinaigre & le verjus ont des acidités différentes. L’acidité des câpres réveille l’appétit. On corrige l’acidité des limons par le sucre. Les alimens, qui par leur acidité, produisent une fermentation, causent la fièvre.

ACIDULÆ, s. f. & plur. Terme de Médecine. On appelle ainsi des eaux minérales, qui ne sont point chaudes. Harris. On les appelle ainsi, dit Hofman, parce que leurs eaux sont un peu acides ; le même Auteur les appelle aussi fontaines vineuses. Fontes vinosi.

ACIDULER, v. act. Terme de Médecine. Ce mot n’est guère en usage : il signifie, mettre des sucs acides dans quelque chose. Jus acidum infundere, succo acido perfundere.

Acidulé, ée, part. Il est plus en usage que son verbe. On dit, il faut donner à ce malade des bouillons médiocrement acidulés ; c’est-à-dire, dans lesquels on aura mis un peu de verjus, ou un peu de jus de citron, Acido succo perfusus, tinctus, mistus.

ACIER, s. m. Fer rafiné, purifié par l’art, & conduit à une plus parfaite mixtion, par la coction du feu, & par l’attraction d’une humidité convenable qui engraisse sa sécheresse naturelle, & le rend plus blanc & plus solide, avec un grain plus petit & plus fin. Acies, Chalybs. C’est celui de tous les métaux qui est susceptible d’une plus grande dureté, quand il est bien préparé. On le fait en le tenant dans un grand feu parmi des cornes de bœuf, & des charbons de saule, ou de hêtre, & en le plongeant dans des eaux ou décoctions astringentes & fort froides, après l’avoir coupé en plusieurs parties, & fait fondre plusieurs fois. On fait l’acier de deux façons, par la fonte, ou par la cémentation. Voyez ces mots. M. Felibien en compte de cinq forces. Il y a un acier naturel, & qui en a toutes les qualités en sortant de la mine. On peut voir dans le Mercure de Septembre 1736, la description d’une mine d’acier trouvée près de Strasbourg en Alsace.

Le petit Acier commun, qu’on appelle Soret, Clamecy, ou Limosin, est le moindre de tous, & le moins cher. On le vend par carreaux, ou billes. Le meilleur est celui qui est sans pailles, ni surchauffures, & qui paroit net, & d’un grain blanc & délié, quand on le casse. Mais s’il est plein de veines noires, ou de pailles, que l’on apperçoit aisément en le rompant ; ou s’il est surchauffé, c’est-à-dire, s’il a eu trop chaud, en sorte qu’il paroisse comme grillé & en petits grumeaux, il ne vaut rien.

L’Acier de Piémont est aussi en carreaux, plus gros que le clamecy. Pour le bien choisir, il faut prendre garde si les carreaux sont nets, sans pailles & sans surchauffures. S’il a des taches jaunâtres, c’est une marque qu’il est difficile à souder & à allier avec le fer. Il vient de Piémont deux sortes d'acier. L’un artificiel, & l’autre naturel. L’artificiel est le moins bon. Pourvu cependant qu’il soit bien trempé & affiné deux fois, il sert à acérer des marteaux, & autres outils propres à un travail de force & de violence.

L’acier qui vient d’Allemagne, est en petites bandes. On l’emploie à faire des épées, des ressorts, &c.

L’Acier de Carme, ou à la Rose, vient aussi d’Allemagne & de Hongrie. Il est bon à faire des ciseaux, des rasoirs, des instrumens de Chirurgie, &c. Ces deux sortes d’Acier d’Allemagne sont les meilleures dont on se serve en France.

L’Acier de grain, ou l’Acier de Motte, ou de Mondragon, est apporté d’Espagne par grosses masses. Quand il est bien choisi &


bien affiné, il est propre à acérer des outils qui doivent être durs, & avec lesquels on travaille à des ouvrages pénibles, comme à couper le marbre.

L’acier de Damas, est celui qui vient de Damas en Syrie, qui a un grain si fin, qu’il coupe le fer sans être trempé. On dit qu’un Cavalier qui le tient à la main, & qui fait le moulinet en courant, lui donne la trempe par la seule impression de l’air. On le trempe aussi sur un chamois mouillé, en passant le tranchant dessus, comme si on vouloit couper le chamois.

Une bille d’acier est une pièce d’acier qui a quatre ou cinq pouces de long, & deux ou trois lignes d’épaisseur. On envoie aussi de l’acier en barre, & d’autre en pains larges & plats, de différentes grandeurs & épaisseurs. Il n’y a point d’acier en Barbarie ; celui qu’ils emploient, est fait de fer qu’ils étendent en de longues verges, & qu’ils mettent dans des tinettes de terre, où ils lui donnent la trempe avec de l’eau, du sable & des herbes ; puis le font recuire, afin qu’il soit dur comme de l’acier : mais il n’est pas si bon que celui qu’on leur porte d’Europe. Marmol.

Acier, se dit poétiquement d’une épée. Un fin acier lui fit voler la tête de dessus les épaules. On l’a dit de même d’une lancette, dans une belle Ode sur le quinquina.

Le monstre, disoit-on, ne sauroit s’appaiser,
Qu’en recevant toujours de sanglans sacrifices.
Sous l’acier subtil & tranchant,
Le sang à grand flots s’épanchant,
Ne laissoit plus d’esprits dans ces canaux arides.
Il fallait s’immoler afin de se guérir,
Et par des conseils homicides,
Pour vivre se faire mourir.

On le dira de même de tout instrument d’acier, sur-tout de ceux qui sont propres à couper & à trancher ; mais en ce sens il ne s’emploie qu’en poësie.

J’ai vu des têtes couronnées,
Par leurs propres Sujets à la mort condamnées,
Tomber sous l’acier d’un bourreau.

Regn. Desmar.

Ce mot, selon Ménage, vient de aciarium, dont les Italiens ont fait acciaro, & les Espagnols azcro, qui viennent tous du Latin acies, dont Pline s’est servi pour le mot de chalybs. D’autres disent qu’il a été aussi nommé ex iterata ustulatione, tanquam Assarium, ou Assatum. Papias dit que le mot aciare a signifié acier dans la basse Latinité. Les Latins l’appeloient chalybs, à cause de la trempe qu’ils lui donnoient dans un fleuve d’Espagne, appelé Chalybs ; ou à cause des Chalybes, peuples de Cappadoce, dont Virgile a dit:At Chalybes nudi ferrum, &c. Festus dit que les haches d’airain, dont on se servoit dans les sacrifices, s’appeloient Aciers. Acieris, securis ærea, &c.

ACO.

ACŒMÈTE, s. m. Prononcez Acémète. Acœmetus. Qui ne se couche point ni jour, ni nuit. Ce mot est Grec, ἀϰόιμητος, formé de l’α privatif, & de ϰοιμάω, Je suis couché, je dors dans un lit. Ce nom fut donné par les Grecs à certains Moines, non pas qu’ils ne dormissent jamais, mais parce que jour & nuit, sans interruption, ils chantoient l’office divin dans leurs églises, se partageant pour cela en trois bandes ou parties, dont l’une venoit relever l’autre, & commencer le même office quand la première l’avoit fini. Ainsi, par exemple, quand les premiers avoient fini Matines, les seconds venoient les commencer ; ils étoient ensuite relevés par les troisièmes, qui chantoient aussi Matines à leur tour. Quand ils avoient fini, les premiers revenoient chanter Prime, & ainsi du reste; en sorte que jour & nuit, les exercices pieux ne discontinuoient point dans leurs églises. Ainsi ce qui est dit dans la vie de S. Jean Calybite, imprimée par Lipoman, qu’ils furent appelés Acœmètes, parce qu’ils ne se couchoient jamais, ou qu’ils ne prenoient que très peu de sommeil, chantant toujours les louanges de Dieu, comme l’ont cru Canisius & Ferrarius dans le catalogue des Saints d’Italie, n’est pas vrai. L’instituteur des Acœmètes fut, si l’on en croit Nicéphore, l. i, v. c. 23, un Marcellus, que quelques Auteurs modernes appellent Marcellus d’Apamée, quoique Nicéphore ne lui donne point ce surnom en cet endroit-là, qu’il n’en dise rien au Liv. XII. Ch. 27, où il parle de Marcellus d’Apamée, & que Marcel d’Apamée vécût 50 ans ou plus, avant qu’il y eût des Acœmètes. On trouve dans Bollandus au 15 de Janvier la vie de S. Alexandre, fondateur des Acœmètes, inconnus avant lui, dit l’Auteur qui étoit disciple de ce Saint, & témoin oculaire de ce qu’il écrit. Ce Saint vivoit, selon Bollandus, vers l’an 430. Le premier Monastère d’Acœmètes fut bâti par ce Saint sur les bords de l’Euphrate. Pendant sa vie, ses disciples en érigèrent plusieurs semblables en différens lieux : lui-même en alla éta-


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