Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/34

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Rousseau (il disait vrai) ; eh bien ! il n’y a qu’un parti à prendre : je vais emprunter vingt francs au comptoir. » Je ne croyais guère à son crédit ; pourtant, il remonta en faisant briller à nos yeux une pièce d’or. Nous voilà partis pour dîner.

Nous traversons le jardin du Palais-Royal : « Si nous montions, proposa l’un de nous, aux applaudissements de tous, risquer à la rouge ou à la noire la moitié de notre fortune, dix francs seulement ? » Rousseau se charge de l’expédition ; après quelques minutes, il revient… Nous avions perdu.

Notre situation s’aggravait ; nous rencontrâmes, en éprouvant les joies de l’espérance, un de nos camarades, le grand G***, charmant jeune homme, fils d’un grammairien, et qui ne manquait ni d’esprit ni d’entrain. Je ne sais ce qu’il peut être devenu. Tout lui fut conté ; malheureusement, il ne pouvait ajouter à notre avoir que trois francs cinquante centimes, et il nous fit comprendre d’un geste que son gousset était veuf de sa montre.

Nous décidâmes bien vite notre nouveau camarade de misère à faire un fonds commun de treize francs cinquante centimes, et à l’aller risquer aux chances rapides de la roulette.

Notre joueur ne revenait pas ; il était plus de sept heures : dînerions-nous, ne dînerions-nous pas ? Notre ami reparaît ; il nous fait voir soixante francs. Cette fois, nous voilà gaiement attablés chez Véfour.

Par je ne sais quelle arrière-pensée, nous fûmes tous d’avis d’apporter dans notre dîner la plus minutieuse économie.

Il fut bien un moment question, après notre repas