Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/80

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qu’ayant quitté le soir un malade pris d’une fièvre très-aiguë, il le trouva à sa visite du lendemain matin dévorant un beefteak ; ce malade, d’un caractère violent, pendant le stade de chaleur de la fièvre, était allé se jeter dans un bassin qui ornait son jardin ; on l’en avait retiré précipitamment, et les sueurs les plus abondantes avaient coupé court à la fièvre et à la maladie.

Récamier se trouvait en consultation avec plusieurs médecins, le malade était à l’agonie. Les confrères de Récamier étaient attendus ailleurs, et tous soins pour l’agonisant leur paraissaient inutiles. « Moi aussi, je suis attendu ; mais nous resterons ici deux heures s’il le faut, jusqu’à ce que je vous aie démontré que la guérison est possible. J’ai condamné tant de gens qui courent les rues, et la nature a tant de ressources, que nous devons encore espérer. »

Récamier donnait le dixième de sa recette aux pauvres.

Le docteur Gouraud, dans un remarquable éloge de Récamier, raconte le fait suivant : « Récamier faisait visite à une pauvre femme ; il avait escaladé les degrés de la mansarde ; il arrivait fatigué, haletant ; la pauvresse de s’excuser de sa misère et de la hauteur de son étage : — C’est vrai, dit le bon docteur, c’est bien haut ; je n’en puis plus. — Nouvelles excuses, nouvelle confusion. — Savez-vous, ajouta-t-il, que cela vaut bien dix francs ; je ne monte point ainsi pour moins. — Et il glisse dix francs dans la main de la pauvre vieille. »

Longtemps avant sa mort, Récamier avait dit : « Je ne serai pas malade, je serai frappé. » Il mourut d’une apoplexie du poumon. Peut-être eût-il fait avorter le