Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/79

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Dcsgenettes n’était qu’un philosophe, un curieux et un critique. Larrey n’était qu’un chirurgien militaire, mais un chirurgien militaire dont le nom vivra autant que le souvenir des grandes guerres de Napoléon.

Récamier, chirurgien de marine dans sa jeunesse, mérite d’être cité.

Il était nommé à vingt-sept ans médecin de l’Hôtel-Dieu de Paris. J’ai suivi sa clinique ; c’était un homme d’une haute taille, au regard vif, pénétrant, au teint chaud et couperosé ; il était simple dans ses façons et dans son langage ; il aimait la médecine et surtout ses malades ; il ne recherchait pas seulement avec unee avide curiosité tous les symptômes qui pouvaient l’éclairer sur la nature et le caractère de la maladie ; il s’inspirait des idées et des audaces de la thérapeutique la plus passionnée ; il ne livrait pas seulement bataille aux maladies, mais à la mort même. C’était le médecin des agonisants ; il disputait les morts au tombeau. Dès que la mort tirait un moribond par les pieds, Récamier le saisissait sous les épaules, et dans ces luttes, il eut plus d’une fois le dessus ; il souleva même plus d’une fois le drap qui couvrait déjà le visage d’un mort ou d’une morte ; et, plus d’une fois, soit par une saignée, soit en provoquant la plus violente réaction, il ressuscitait ses malades. Dans ces situations désespérées il risquait tout, même ses intérêts personnels ; il ne se préoccupait ni de sa responsabilité ni de sa réputation. Les Anglais sont plus audacieux en thérapeutique qu’on ne l’est en France ; les Allemands ne sont que polypharmaques.

Dans les maladies aiguës surtout se produisent d’inattendues et de salutaires réactions. Marjolin me raconta