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L’ANCIEN SOLDAT


I

Appel à l’esprit de groupement


Aux hommes qui ont fait la guerre incombe à leur retour une tâche plus lourde encore : fatigués, il leur faut organiser la paix. Et, quand on proclame que les Français seront unanimes pour s’entr’aider dans cette grande entreprise, on n’a rien dit. S’imagine-t-on les riches et les pauvres luttant de générosité à qui paiera la fabuleuse dette commune ? Les vieux et les jeunes d’accord pour la Société des Nations ?

Ce n’est pas une raison parce que l’enfer est monté sur la terre pendant plusieurs années pour qu’après lui le paradis y descende. Demain, les hommes, sanglants d’hier, ne s’embrasseront pas d’un seul élan.

De formidables rancunes menacent. Lesquelles ? Cherchez, dans votre cœur ; et celui qui n’en découvre pas, qui est content de tout, qu’il cherche de quelles rancunes il risque d’être poursuivi.

En vérité, quiconque n’est pas victime, est profiteur.

Sans doute avant la guerre déjà, capitalistes et prolétaires couvaient leurs haines et leurs terreurs ; mais cela n’était que peu de chose auprès de ce que les ruines et les mutilations de la guerre ont suscité.

Il y a maintenant du sang sur tous les billets de banque. Et le silence ne suffira pas éternellement à résoudre les énormes problèmes que la guerre a posés par mégarde et que l’habileté des hommes d’État ne vise aujourd’hui qu’à ajourner.

On n’en sera pas quitte éternellement avec une jolie formule sur l’Union sacrée, sur le « grand parti de tous les bons Français », sur le naïf « plus de politique » ! La poli-