Page:Valéry - L’Idée fixe.djvu/6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Au Docteur MONDOR

ET A TOUS LES AMIS QUE JE COMPTE

DANS LE CORPS MÉDICAL



J’étais en proie à de grands tourments : quelques pensées très actives et très aiguës me gâtaient tout le reste de l’esprit et du monde. Rien ne pouvait me distraire de mon mal que je n’y revinsse plus éperdument. Il s’y ajoutait l’amertume et l’humiliation de me sentir vaincu par des choses mentales, c’est-à-dire faites pour l’oubli. L’espèce de douleur qui a une pensée pour une cause apparente entretient cette pensée même ; et par là, s’engendre,s’éternise, se renforce elle-même. Davantage : elle se perfectionne en quelque manière ; se fait toujours plus subtile, plus habile, plus puissante, plus inventive, plus inattaquable. Une pensée qui torture un homme échappe aux conditions de la pensée ; devient un autre, un parasite.