Page:Valéry - La Soirée avec M. Teste, 1919.djvu/28

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ressentir par masses des choses intimes,uniques, — des remuements secrets, s’élever à l’inavouable ! J’errais sur ces étages d’hommes, de ligne en ligne, par orbites, avec la fantaisie de joindre idéalement entre eux, tous ceux ayant la même maladie, ou la même théorie, ou le même vice… Une musique nous touchait tous, abondait, puis devenait toute petite.

Elle disparut. M. Teste murmurait : « On n’est beau, on n’est extraordinaire que pour les autres ! Ils sont mangés par les autres ! »

Le dernier mot sortit du silence que faisait l’orchestre. Teste respira.

Sa face enflammée où soufflaient la chaleur et la couleur, ses larges épaules, son être noir mordoré par les lumières, la forme de tout son bloc vêtu, étayé par la grosse colonne, me reprirent. Il ne perdait pas un atome de tout ce qui devenait sensible, à chaque instant dans cette grandeur rouge et or.

Je regardai ce crâne qui faisait connaissance avec les angles du chapiteau, cette main droite qui se rafraîchissait aux dorures, et, dans l’ombre de pour-