Page:Valéry - La Soirée avec M. Teste, 1919.djvu/30

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M. Teste dit : « Le suprême les simplifie. Je parie qu’ils pensent tous, de plus en plus, vers la même chose. Ils seront égaux devant la crise ou limite commune. Du reste, la loi n’est pas si simple… puisqu’elle me néglige, — et — je suis ici. »

Il ajouta : « L’éclairage les tient. »

Je dis en riant : « Vous aussi ? »

Il répondit : « Vous, aussi. »

« — Quel dramaturge vous feriez ! lui dis-je, vous semblez surveiller quelque expérience créée aux confins de toutes les sciences ! Je voudrais voir un théâtre inspiré de vos méditations… »

Il dit : « Personne ne médite. »

L’applaudissement et la lumière complète nous chassèrent. Nous circulâmes, nous descendîmes. Les passants semblaient en liberté. M. Teste se plaignit légèrement de la fraîcheur de la nuit. Il fit allusion à d’anciennes douleurs.

Nous marchions, et il lui échappait des phrases presque incohérentes. Malgré mes efforts, je ne sui-