Page:Vallès - Le Bachelier.djvu/66

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une figure mécanique. Je me retourne sur ma chaise, du mouvement d’un empalé qui peut encore rouler les yeux, mais en est aux derniers frémissements… Je fais aller mes prunelles à droite, à gauche, une, deux, — sans oser les fixer sur rien ni sur personne… Il me passe dans le cerveau l’idée que je suis un jeu de foire, où l’on envoie des palets, une boule, et j’ai l’air de dire : Visez dans le mille.


Enfin, la gaieté de la demoiselle s’est calmée, et elle vient me retirer de ma chaise comme on désempale un mannequin qui garde, un moment encore, quelque chose de raide et de presque indécent.

« Vous ne m’en voulez pas trop, n’est-ce pas ? C’était plus fort que moi. »

Elle met un peu de honte joyeuse dans sa voix, et, me prenant les doigts dans les siens :

« Une poignée de main, une bonne poignée de main pour me prouver que vous n’êtes pas fâché… »

Je ne suis pas encore bien déraidi et je procède par signes, pour indiquer mes intentions de marionnette indulgente ; j’avance et retire ma main, je fais « oui » avec ma tête — comme l’infâme Golo, au théâtre des marionnettes, à la Foire au pain d’épice.

C’est mon habit et mon gilet qui m’ont valu cela !

Un habit et un gilet flambant neufs, qui me sont arrivés de Nantes ce matin, dans une malle expédiée par ma mère.

Moi qui croyais que j’avais l’air très comme il faut avec ce costume !