Page:Vandervelde - Les Crimes de la colonisation capitaliste.djvu/22

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3,000 soldats de la force publique qui doivent être nourris par les indigènes d’alentour. Or, pour se procurer le pain de manioc nécessaire à l’alimentation des soldats de Léopoldville, il faut le faire venir de villages, dont certains sont situés à 80 kilomètres de distance ! Il en résulte que les indigènes, qui doivent fournir à l’État une substance qui représente une valeur de 1 fr. 50 c., sont obligés, tous les douze jours, de faire 160 kilomètres pour apporter leurs prestations !

Supposez que demain, on oblige des gens de Huy, de Waremme, de Dinant, de Bruges, d’Anvers à apporter tous les douze jours 1 fr. 50 c. à M. le ministre des finances, et vous comprendrez quelle est la situation faite à ces malheureux nègres qui, eux, n’ont pas de chemins de fer pour les conduire au point central.

Mais les prestations de vivres, la corvée du portage, l’impôt des arachides, ne sont, en somme, que l’accessoire de cette vaste « machine à finance « qui s’appelle l’État du Congo. Ce qui est l’essentiel, ce qui donné à l’État des ressources, aux concessionnaires de l’Abir et de la Mongala, au domaine de la Couronne des bénéfices qui ont été toujours croissant, c’est le travail du caoutchouc.


La corvée du caoutchouc.


Ici, je ne veux pas me borner à un résumé et, puisque tous vous n’avez pas reçu le rapport de la commission, je vais me permettre de vous lire ce quelle dit au sujet des souffrances qu’entraîne, pour les indigènes, l’exploitation intensive des forêts caoutchoutières :

« Dans la plupart des cas, en effet, il doit, chaque quinzaine, faire une ou deux journées de marche et parfois davantage, pour se rendre à l’endroit de la forêt où il peut trouver, en assez grande abondance, les lianes caoutchoutières. Là, le récolteur mène, pendant un certain nombre de jours, une existence misérable. Il doit se construire un abri improvisé, qui ne peut