Page:Vandervelde - Les Crimes de la colonisation capitaliste.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


évidemment remplacer sa hutte ; il n’a pas la nourriture à laquelle il est accoutumé, il est privé de sa femme, exposé aux intempéries de l’air et aux attaques des bêtes fauves. Sa récolte, il doit l’apporter au poste de l’État ou de la Compagnie et ce n’est qu’après cela qu’il rentre dans son village, où il ne peut séjourner que deux ou trois jours, car l’échéance nouvelle le presse. Il en résulte que, quelle que soit son activité dans la forêt caoutchoutière, l’indigène, à raison des nombreux déplacements qui lui sont imposés, voit la majeure partie de son temps absorbé par la récolte du caoutchouc.

« Il est à peine besoin de faire remarquer que cette situation constitue une violation flagrante de la loi des « quarante heures ».

Eh bien, je demande à ceux qui me répondaient naguère que les impôts en nature du Congo étaient des prestations légères, ce qu’ils ont à répondre à cette constatation officielle de la commission d’enquête ?

Songez, que les malheureux indigènes sont obligés tous les quinze jours à en passer onze ou douze dans la forêt, exposés aux bêtes fauves, obligés souvent de travailler dans les forêts inondées, où ils ont de l’eau jusqu’à la taille, soumis à la surveillance de soldats de la force publique, dont beaucoup sont des misérables qui, mot est de la commission, « tuent sans pitié, tous ceux qui leur résistent », et vous comprendrez ce qu’il y avait d’absurde à prétendre, que ce régime de travail est analogue à la corvée des routes en Belgique et aux impôts que payent nos concitoyens !

On objecte, il est vrai, que les indigènes sont payés pour leur travail, mais la commission constate qu’on les paye très mal, qu’on les paye en nature avec des marchandises surévaluées, bref que le « truck-system » sévit au Congo. Au surplus, en admettant même que le salaire leur soit payé exactement, il ne s’agirait que du salaire pour le travail qu’ils fournissent et non pas de la contre-valeur du produit de leurs forêts, qui devrait, en toute justice, leur appartenir. Dès lors, on comprend la résistance qu’ils opposent aux exigences des blancs et il