Page:Variétés Tome II.djvu/276

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les chevaux des charretiers (sans toutefois que les comparaisons des qualitez nous puissent nuire ny prejudicier, puisque nous botant à la savaterie on nous donne aussi bien du Monsieur par le nez qu’aux autres courtisans), les chevaux, veux-je dire, marchent plus viste quand les maistres, cochez ou charretiers, ont bien beu, parce qu’alors nous les foüettons comme tous les diables ; et dit-on (pour entrer tousjours plus avant en similitude avec la noblesse) qu’il n’appartient qu’à eux et à nous de jurer Dieu, eux lorsqu’ils sont endebtez, et que, pressez de leurs creanciers, ils voudroient rendre avec le pied ce qu’ils ont receu avec la main, et nous, quand sommes embourbez, ne sommes pas moins jureurs. Mais parlons d’un plus haut style et de choses plus relevées. Je m’asseure, Allegret, que tu es dans la paille jusques au ventre, as plus d’argent qu’un chien n’a de puces, manges tous les jours la souppe grasse, travailles fort peu et disnes beaucoup ; soit que tu montes et que je descende, gardons tous deux que, de riches marchans que nous nous estimons, devenus enfin pauvres poulaliers, ne nous rencontrions l’un à la descente du pont aux oyseaux1, sifflant des linottes, et l’autre pas loing de là, à la vallée de Misère, vendant des cocqs chastrez pour des chappons du Mans.

Allegret. Parbieu ! Chagrin, tu verras beau jeu


1. Il étoit placé entre le Pont-au-Change et le Pont-Neuf. Du côté de la Vallée de Misère (quai de la Mégisserie), dont il est parlé plus loin, il débouchoit près l’Arche-Marion, en face le For-l’Évêque. Avant qu’il eût été détruit, en 1596,