Page:Variétés Tome II.djvu/348

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dragées, des pyramides de sucre et des flacons de sirop et forests de canelles, avec ceste infirmité naturelle, quy n’ose regarder derrière luy, non plus qu’Orphée, de peur d’y voir le caresme pasle et hideux.

Figurez-vous donc bien ceste image, si vous pouvez, et je croy que tout ce que les poètes ont dit des rencontres joyeuses de Momus, ce n’est rien au prix de cecy pour vous faire rire.

Que si vous estes difficiles à esmouvoir, allez-vous-en à pied ou en carrosse à la foire de Sainct-Germain, et là vous verrez des joueurs de torniquets, de goblets, de marionnettes, danceurs de corde, preneurs de tabac3, charlatans, joueurs de passe-passe4, et mille autres apanages de la folie5, que l’on peut mieux penser que de dire ; sur tout ne vous laissez pas piper aux dez ou tromper à la blan-


3. C’étoit alors une nouveauté, une mode. On fumoit et l’on prisoit dans les cabarets de la foire. Les cafés, qui leur succédèrent, eurent soin de conserver l’usage. Le Sage, dans sa Querelle des theâtres, scène 1re, nous montre un limonadier de la foire faisant avec grâce les honneurs de son café et de sa tabatière :

Et l’obligeant Massy presente
Le tabac aux honnêtes gens.

4. Jeu d’escamoteur qui s’appelle ainsi à cause des mots passe, passe, disparais, que le farceur adresse continuellement à son godenot. Alain Chartier a dit, parlant de la mort :

Ce n’est pas jeu de passe-passe,
Car on s’en va sans revenir.

5. Les charlattLes charlatans divers, les enchanteurs, se treuvent

Au grand cours d’alentour, les blanques, les sauteurs,