Page:Variétés Tome IV.djvu/218

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et se trainent l’un l’autre en tous lieux pour se recreer ensemble. Par plusieurs et diverses fois, il les avoit recreez chez soy auparavant qu’il commençast d’executer sur les pauvres petits son funeste et horrible dessein ; et comme il se mit en fantasie ceste miserable resolution, il les laissoit entrer et penetrer fort avant dedans son logis sept à la fois ; puis, fermant la porte sur luy, de sept qu’ils estoient, il en retenoit un et laissoit aller les autres six ; et celuy qui estoit retenu après les autres sortis estoit par ce malheureux homme incontinent esgorgé et sur-le-champ haché et mis en pièces, dont partye estoit par luy bouillie, une autre rostie et l’autre fricassée, se repaissant luy et les siens de ceste cruauté, et en reservoit quelque reste qu’il faisoit manger le lendemain à la première bande de petits enfants qui se venoient jouer en son logis.

Sous ceste friandise, ils se plaisoient à la compagnie de ce cruel inhumain et ne se pouvoient passer d’y aller et s’y mener l’un l’autre, comme les enfans s’adonnent volontiers d’aller en lieux où l’on leur donne quelque chose: si bien que jusques à sept fois ils se trainent et se portent au malheur en ce maudit logis, et à toutes les fois il sçeust en escarter le plus beau de la compagnie pour le massacrer et le devorer comme un loup enragé, ou, pour mieux dire, un vray et parfait loup-garou, de telle sorte qu’il en esgorgea et devora jusqu’à sept. Pendant tout cecy s’estoit vue grande desolation en la dicte ville de voir les pères et mères chercher, pleurans et lamentans, leurs pauvres enfans massacrez. On s’enqueste des lieux où ils ont accoustumé d’aller se