Page:Variétés Tome VI.djvu/155

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Ton beau Narcisse ! excuse et tiens secrette
Ma libre plainte. Et, voulant m’en aller,
D’un autre adieu je bornay mon parler,
Non sans regret de ce qu’à la vollée
Au mesme temps je vis la troupe aillée,
Signe evident qu’après mon triste adieu
Elle vouloit se desplaire en ce lieu.
Ces oiseaux donc tout à coup s’envollèrent,
Et, fendant l’air, autre part s’en allèrent
Sans me laisser, après leur chant si beau,
Pour entretien, que le doux bruit de l’eau,
Bruit vers lequel, pour finir la journée,
Avant partir, j’eus la veue tournée ;
Et contemplant ce crystal doux coulant,
Qu’à plis sur plis s’en alloit, sautelant,
Hors de ce bois, arrouser des villages
Circonvoisins les prez et pasturages,
Un penser creux, tout contre mon desir,
Plus que devant me revenoit saisir ;
Mais ceste voix qu’au matin sur la plaine,
S’estoit montrée, à mon besoing, humaine,
Me voyant prest de rentrer en souci,
Par charité, me dit encore ainsi :
Mon cher amy, si tu veux compagnie,
Acoste-moy ; je m’appelle Uranie,
Sage et sçavante, et prompte à redresser
Ceux dont l’esprit ne fait que rimasser,
Et que, tendant au moyen de complaire
À ton humeur pensive et solitaire,
Je te convie à revenir souvent
Dans ce bocage où l’agreable vent
Est du tout propre à celuy qui veut boire