Page:Variétés Tome VI.djvu/86

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Mais il me semble qu’elles se doivent comparer au sang, sans lequel les nerfs perdent leurs forces et les esprits leur vie ; si bien qu’estant une des parties plus nobles de l’estat, il est aisé de se persuader combien la cognoissance en est utile et necessaire, surtout à ceux que la vertu et le merite appellent aux charges publiques.

Des autres estats nous n’en parlerons point ; mais au nostre, le nom mesmes des finances, qui est originaire, monstre combien elles y ont esté estimées : car il vient d’un vieux mot françois qui signifie mettre quelque chose à fin2, comme si ce moyen en estoit plus capable que nul autre.

L’autre nom equivalent est deniers, qui se pren-


2. C’est le verbe finer, dont on trouve un exemple avec ce sens dans un rondeau de Victor Brodeau :

Au bon vieux temps que l’amour par bouquets
Se demenoit, et par joyeux caquets,
La femme estoit trop sotte ou trop peu fine ;
Le Temps depuis, qui tout fine et affine,
Lui a montré à faire ses acquets.

Finer se prit aussi pour fournir, selon le P. Labbe dans ses Etymologies des mots françois, au mot Fin, et enfin dans le sens de payer, financer, exemple ces vers du 49e psaume de Théodore de Bèze :

Car le rachat de leur ame est trop cher
Pour en finer.....

La Mothe Le Vayer, dans son Traité de l’institution du prince, est aussi d’avis que finance est un dérivé du verbe finer, pris dans le sens de finir, terminer. « De là vient, dit-il, que finance est la même chose que le vieux mot chevance, parce qu’avec l’argent on finit et on achève les choses les plus difficiles. »