Page:Vasari - Vies des peintres - t3 t4, 1841.djvu/465

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La rencontre de quelque homme, à tête bizarre ou expressive, portant barbe ou cheveux singuliers, lui faisait un tel plaisir, qu’il se serait volontiers pris à le suivre un jour entier ; et il se le rappelait si bien, qu’il le dessinait ensuite comme s’il eût posé devant lui. Il fit ainsi de nombreuses études de têtes d’hommes ou de femmes. J’en ai plusieurs à la plume dans le recueil que je cite souvent. J’en connais quelques autres encore, celle d’Amerigo Vespucci, magnifique vieillard, faite au charbon, et celle de Scaramuccia, capitaine des Zingani, qui appartient à Messer Donato Valdambrini d’Arezzo, chanoine de San-Lorenzo, à qui elle fut laissée par le Giambullari (3).

Il commença une Adoration des Mages où il y a de grandes beautés, surtout dans les figures. Ce tableau inachevé, suivant la malheureuse coutume du peintre, est dans la maison d’Amerigo Benci, en face de l’habitation des Peruzzi.

En 1493, Léonard, précédé de son immense réputation, vint à Milan et fut présenté au duc Ludovic Sforce (4), successeur de Jean Galéas. Il devait jouer de la lyre devant ce prince passionné pour la musique. Il arriva portant un instrument qu’il avait façonné lui-même, presque entièrement en argent et ayant la forme d’un crâne de cheval. Cette forme était originale et bizarre, mais donnait aux sons quelque chose de mieux vibrant et de plus sonore. Il sortit vainqueur de ce concours ouvert à beaucoup de musiciens, et se montra le plus étonnant improvisateur de son temps. Ludovic, séduit encore par