Page:Verhaeren - Les Ailes rouges de la guerre, 1916.djvu/170

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Et puis encor passent à ses côtés
Des patrouilles mornes et lentes.
Leur masse est grise ou noire et leur marche hésitante.
Il les voit tour à tour s’avancer, s’arrêter,
Glisser, ramper, et tout à coup comme ausculter
La plaine immense :
On dirait que leur sort à tous est suspendu
À tel bruit souterrain par leur crainte entendu ;
Puis leur marche à tâtons dans la nuit recommence.

L’ennemi veille et se répand aussi
En patrouilles mornes et lentes ;
Leur masse est grise ou noire et leur marche hésitante.
Qu’ait lieu une rencontre au tournant d’une orée,
Sitôt s’entame sans merci
Une lutte férocement exaspérée :
On s’agrippe et l’on se mord
En un farouche corps à corps ;
L’éclair blanc des couteaux au bout des poings travaille
À creuser dans la chair de sanglantes entailles ;