Page:Verhaeren - Les Forces tumultueuses, 1902.djvu/49

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Il ne sait plus où il commence.
Il monte — et l’on croirait que la monde l’attend,
Si large est la clameur des cœurs battant
À l’unisson de ses paroles souveraines.
Il est effroi, danger, affre, fureur et haine ;
Il est ordre, silence, amour et volonté ;
Il scelle en lui toutes les violences lyriques,
Où se trempe l’orgueil des hommes historiques
Dont l’œuvre est faite, avec du sang d’éternité.

Et le voici debout au carrefour du monde,
Où les vieux chemins d’hier croisent les grands chemins,
Par où s’avanceront ceux qui viendront demain
Vers on ne sait quelle aube éclatante et profonde.
Homme d’autant plus grand qu’il est de vierge instinct,
Qu’il ignore l’éclair dont le destin,
Sans l’exalter d’abord, met en ses mains la foudre ;
Qu’il est l’énigme en feu que nul ne peut résoudre
Et qu’il reste planté, du front jusques aux pieds,
En plein peuple, pour s’en nourrir — ou en mourir,
Un jour, tenace et tout entier !

Et qu’importe qu’après son œuvre faite,
Il disparaisse, un soir de deuil, un soir de fête,