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mémoires d’un veuf


Cependant on feuillette des estampes : il va sans dire que l’on n’a que peu d’argent en poche, et qu’à ce titre l’on ne se permet d’excursions que parmi les cartons à bas prix, les seuls d’ailleurs qu’une prudence bien avisée autorise le négociant à exposer au dehors.

Certes on ne s’attend pas à rencontrer d’eaux-fortes bien fortes, ni de tailles-douces bien douces, mais les bons bois ! les adorables lithographies ! et lés amours d’enluminures ! Si, par exemple, cette reproduction d’un tableau grivois du dix-huitième siècle n’est pas destinée aux honneurs d’une collection fameuse, en revanche elle réjouit l’œil par la blancheur du papier, l’odorat par le parfum âpre de l’encre récente, et le cœur, — oui, le cœur ! — par la candeur qu’il a fallu à l’artiste pour interpréter ce maître de cette manière.

Et ce portrait d’un ministre de la Restauration, est-il assez instructif ! Ainsi, en 1820, on portait des faux-cols de cette façon, des gilets de telle autre, on se coiffait comme cela. Les yeux au ciel et la main sur le cœur semblent indiquer, dans ce personnage évidemment méconnu, une belle âme jointe à une science profonde de la tenue. Si la parole ne lui manquait pas, et c’est tout ce qui lui manque, assurément, le langage le plus onctueux ne tarderait pas à nous mettre au courant des intentions les plus pures.