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les poètes maudits

Ne savoir où crier au Sauveur méconnu :
« Hélas ! mon doux Sauveur, n’êtes-vous pas venu ? »

Ah ! j’ai peur d’avoir peur, d’avoir froid, je me cache
Comme un oiseau tombé qui tremble qu’on l’attache.

Je rouvre tristement mes bras au souvenir…
Mais c’est le purgatoire et je le sens venir.

C’est là que je me rêve après la mort menée
Comme une esclave en faute au bout de sa journée,

Cachant sous ses deux mains son front pâle et flétri
Et marchant sur son cœur par la terre meurtri.

C’est là que je m’en vais au-devant de moi-même
N’osant y souhaiter rien de tout ce que j’aime.

Je n’aurais donc plus rien de charmant dans le cœur
Que le lointain écho de leur vivant bonheur.

Ciel ! où m’en irai-je

Sans pieds pour courir ?
Ciel ! où frapperai-je

Sans clé pour ouvrir ?


Sous l’arrêt éternel repoussant ma prière
Jamais plus le soleil n’atteindra ma paupière

Pour l’essuyer du monde et des tableaux affreux
Qui font baisser partout mes regards douloureux.

Plus de soleil ! Pourquoi ? Cette lumière aimée
Aux méchants de la terre est pourtant allumée ;