Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/374

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
364
histoires

joli capital qu’il ne mit pas à fonds perdus, mais plaça dans les plus sûres, sinon dans les plus immédiatement lucratives conditions, titres de rente, maisons, terres. Il lui eût été bien aisé dans cet ordre d’idées, moyennant de fortes remises, de s’assurer sur la vie en rentes transmissibles après décès à tels bénéfices qu’il eût voulu, mais cette idée toute moderne ne vint même pas à sa tête particulièrement honnête et comme pudique.

Ce mois vers la richesse n’alla pas sans de légères et douces souffrances. Il lui fallait se déshabituer de sa vie de misère, vie en miniature, petits repas pris à longs intervalles, d’autant meilleurs, — meilleurs ! — et assaisonnés plus encore par le délice savouré fugitif du moment que par l’antérieur appétit enveloppant, petits luxes, vêtements légers et tendres qui n’étaient plus que très propres, mais que des soins géniaux pouvaient parfois faire pimpants, sinon somptueux tout à fait, petites joies d’amour-propre ou plutôt d’orgueil, à payer d’avance termes et blanchissages par exemple, en se privant ferme sur cette pauvre nourriture, d’ailleurs récompensée par les heures heureuses auxquelles il vient d’être fait allusion, petites joies encore de gourmandise, mais plus intellectuelle, quand deux ou trois petits verres pouvaient totalement