Page:Verlaine - Jadis et Naguère, Vanier, 1884.djvu/63

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Rosalinde

Bien doux…Vous avez tort de rire, encore un coup.


Sylvandre

Encore un coup, je ne ris pas. Je vous adore,
J’idolâtre ta voix si tendrement sonore,
J’aime vos pieds, petits à tenir dans la main,
Qui font un bruit mignard et gai sur le chemin
Et luisent, rêves blancs, sous les pompons des mules.
Quand tes grands yeux, de qui les astres sont émules,
Abaissent jusqu’à nous leurs aimables rayons,
Comparable à ces fleurs d’été que nous voyons
Tourner vers le soleil leur fidèle corolle,
Lors je tombe en extase et reste sans parole,
Sans vie et sans pensée, éperdu, fou, hagard,
Devant l’éclat charmant et fier de ton regard.
Je frémis à ton souffle exquis comme au vent l’herbe,
Ô ma charmante, ô ma divine, ô ma superbe,
Et mon âme palpite au bout de tes cils d’or…
— À propos, croyez-vous que Chloris m’aime encor ?


Rosalinde

Et si je le pensais ?