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kayette


Jean fouilla ses poches. Il n’y trouva aucun papier. Pas d’argent, non plus. À la ceinture, un revolver de fabrication américaine, chargé de six balles, et dont l’infortuné n’avait pas eu le temps de se servir.

Évidemment, l’attaque avait été soudaine, imprévue, et les deux victimes étaient tombées en même temps.

À cette heure, aux alentours de la clairière, la forêt était déserte. Après une courte exploration, Jean revint sans avoir vu personne. Il était évident que les meurtriers n’avaient point reparu, car ils eussent dépouillé le corps, et tout au moins pris le revolver qui se trouvait encore à sa ceinture.

Cependant, Clou avait creusé une fosse assez profonde pour qu’un cadavre n’y pût être déterré par la griffe des fauves. Le mort y fut déposé, et Jean dit une prière quand la terre eut recouvert cette tombe.

Ensuite, M. Cascabel, Jean et Clou retournèrent au campement. Là, tandis que Kayette demeurait au chevet du blessé, Jean, son père et sa mère voulurent conférer ensemble.

« Il est certain, dit M. Cascabel, que, si nous reprenons le chemin de la Californie, notre hommes n’y arrivera pas vivant. Ce sont des centaines et des centaines de lieues à faire. Le mieux serait de gagner Sitka, où nous pourrions être arrivés dans trois ou quatre jours, si ces maudits policiers ne nous défendaient pas de mettre le pied sur leur territoire !

— C’est pourtant à Sitka qu’il faut aller, répondit résolument Cornélia, et c’est à Sitka que nous irons !

— Et comment ?… Nous n’aurons pas fait une lieue que nous serons arrêtés…

— N’importe, César ! Il faut partir et du bon pied ! Si nous rencontrons les agents, nous leur raconterons ce qui s’est passé, et possible est-il qu’ils ne refusent pas à ce malheureux ce qu’ils nous ont refusé… à nous ?… »

M. Cascabel secoua la tête en signe de doute.