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deux ans de vacances.

XVI

Briant inquiet de Jacques. – Construction de l’enclos et de la basse-cour. – Sucre d’érable. – Destruction des renards. – Nouvelle expédition à Sloughi-bay. – Le chariot attelé. – Massacre des phoques. – Les fêtes de Noël. – Hurrah pour Briant.


Tout s’était bien passé à French-den pendant l’absence de Gordon. Le chef de la petite colonie n’avait qu’à se louer de Briant, auquel les petits témoignaient une très sincère affection. N’eût été son caractère hautain et jaloux, Doniphan, lui aussi, aurait apprécié – à leur juste valeur – les qualités de son camarade ; mais cela n’était pas, et grâce à l’ascendant qu’il avait pris sur Wilcox, Webb et Cross, ceux-ci le soutenaient volontiers, lorsqu’il s’agissait de faire opposition au jeune Français, si différent par l’allure et le caractère de ses compagnons d’origine anglo-saxonne.

Briant n’y prenait garde, du reste. Il faisait ce qu’il considérait comme son devoir, sans jamais se préoccuper de ce que l’on pensait de lui. Son plus gros souci, c’était l’inexplicable attitude de son frère.

Dernièrement, Briant avait encore pressé Jacques de questions, sans obtenir d’autre réponse que celle-ci :

« Non… frère… non !… Je n’ai rien ! »

— Tu ne veux pas parler, Jacques ? lui avait-il dit. Tu as tort !… Ce serait un soulagement pour toi comme pour moi !… J’observe que tu deviens de plus en plus triste, plus sombre !… Voyons !… Je suis ton aîné !… J’ai le droit de savoir la cause de ton chagrin !… Qu’as-tu à te reprocher ?…

— Frère !… avait enfin répondu Jacques, comme s’il n’eût pu résister