Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/132

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montagnes vivent des aigles blancs qui font la chasse aux serpents ; quand ces aigles aperçoivent la viande au fond des précipices, ils fondent dessus et l’emportent ; mais les hommes, qui ont suivi les mouvements de l’aigle, dès qu’ils le voient posé et occupé à manger la viande, se mettent à pousser de grands cris ; l’aigle épouvanté s’envole sans emporter sa proie, de peur d’être surpris par les hommes ; alors ceux-ci arrivent, prennent la viande et ramassent les diamants qui y sont attachés. Souvent aussi, quand l’aigle a mangé les morceaux de viande, il rejette les diamants avec ses ordures, de sorte qu’on en retrouve dans leur fiente. »

Après avoir visité la petite ville de San-Thomé, située à quelques milles au sud de Madras, dans laquelle repose le corps de messire saint Thomas l’apôtre, Marco Polo explora le royaume de Maabar, et plus particulièrement la province de Lar, d’où sont originaires tous les « abraiaments » du monde, probablement les Brahmanes. Ces hommes, suivant la relation, vivent très vieux, grâce à leur sobriété et à leur abstinence ; quelques-uns de leurs moines atteignent cent cinquante ou deux cents ans, ne mangeant que du riz et du lait, et buvant un mélange de soufre et de vif-argent. Ces abraiaments sont des marchands habiles, superstitieux cependant, mais d’une remarquable franchise ; ils n’enlèvent rien à personne, ils ne tuent aucun être vivant, quel qu’il soit, et ils adorent le bœuf, qui est pour eux un animal sacré.

De ce point de la côte, la flotte revint à Ceylan, où,