Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/154

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Il existe sur la côte africaine un groupe d’îles nommées îles Canaries, qui portèrent autrefois le nom d’îles Fortunées. Juba, fils d’un roi de Numidie, les aurait explorées, dit-on, vers 776 de Rome. Au moyen âge, suivant certaines relations des Arabes, des Génois, des Portugais, des Espagnols, des Biscaïens, visitèrent en partie ce groupe intéressant. Enfin, en 1393, un seigneur espagnol, Almonaster, commandant une expédition, opéra un débarquement à Lancerote, l’une des Canaries, et rapporta, avec un certain nombre de prisonniers, des productions qui attestaient la grande fertilité de cet archipel.

Ce fait donna l’éveil au chevalier normand. La conquête des Canaries l’allécha, et, en homme pieux, il résolut de convertir les Canariens à la foi catholique. C’était un seigneur valeureux, intelligent, adroit, riche en ressources. Il quitta son hôtel de Grainville-la-Teinturière, en Caux, et se rendit à La Rochelle. Là, il fit la rencontre du bon chevalier Gadifer de la Salle, qui s’en allait à l’aventure. Jean de Béthencourt raconta ses projets d’expédition à Gadifer. Gadifer lui demanda de tenter la fortune en sa compagnie. Il y eut entre eux « moult de belles paroles », trop longues à raconter, et l’affaire fut conclue.

Cependant, Jean de Béthencourt avait réuni son armée. Il possédait de bons navires suffisamment garnis de gens et de victuailles. Gadifer et lui mirent à la voile, et, après avoir été contrariés par les vents au passage de l’île de Ré, et plus encore par les dissensions qui écla-