Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/241

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peuples et aux habitants une grande terreur. Mais je crois devoir t’exhorter et t’avertir que deux chemins s’ouvrent devant les âmes lorsqu’elles se séparent des corps : l’un, rempli de ténèbres et de tristesse, destiné à ceux qui sont molestes et nuisants au genre humain ; l’autre, plaisant et délectable, réservé à ceux qui en leur vivant ont aimé la paix et le repos des gens. Donc, s’il te souvient toi être mortel et les rétributions à venir être mesurées sur les œuvres de la vie présente, tu ne feras de molestation à personne. »

Quel philosophe des temps anciens ou modernes eût jamais mieux dit et en un plus sain langage ! Tout le côté humain du christianisme est empreint dans ces magnifiques paroles, et elles sortaient de la bouche d’un sauvage ! Colomb et le cacique se séparèrent enchantés l’un de l’autre, et le plus étonné des deux ne fut peut-être pas le vieil indigène.

Toute cette tribu, d’ailleurs, semblait vivre dans la pratique des excellents préceptes indiqués par son chef. La terre était commune entre les naturels, comme le soleil, l’air et l’eau. Le mien et le tien, cause de toute discorde, n’existaient point dans leurs usages, et ils vivaient contents de peu « Ils ont l’âge d’or, dit le récit, ils ne fossoient ni n’enferment de haies leurs possessions ; ils laissent leurs jardins ouverts, sans lois, sans livres, sans juges ; mais, de leur nature, suivant ce qui est juste, et réputant mauvais et injuste celui qui se délecte à faire injure à autrui. »

Quittant la terre de Cuba, Christophe Colomb revint