Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/240

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lui donnent pour récompense un peu de viande de la proie.

L’exploration des côtes continua vers l’occident. L’Amiral visita diverses contrées, dans lesquelles abondaient les oisons, les canards, les hérons, et ces chiens muets que les naturels mangeaient comme des chevreaux, et qui doivent être soit des almiguis, soit des ratons. Cependant, les passes sablonneuses se rétrécissaient de plus en plus ; les navires s’en tiraient difficilement. L’Amiral tenait pourtant à ne pas s’éloigner de ces rivages qu’il voulait reconnaître. Un jour, il crut apercevoir sur une pointe des hommes vêtus de blanc, qu’il prit pour des frères de l’ordre de Sainte-Marie de la Merced, et il envoya quelques matelots pour s’aboucher avec eux. Pure illusion d’optique : ces prétendus moines n’étaient que de grands hérons des Tropiques, auxquels l’éloignement donnait l’apparence d’êtres humains.

Pendant les premiers jours de juin, Colomb dut relâcher pour radouber ses navires, dont la carène était très-endommagée par les bas-fonds de la côte. Le 7 du même mois, il fit célébrer une messe solennelle sur la plage. Pendant l’office, un vieux cacique survint, qui, la cérémonie terminée, offrit quelques fruits à l’Amiral. Puis, ce souverain indigène prononça ces paroles que les interprètes traduisirent ainsi :

« Il nous a été rapporté de quelle manière tu as investi et enveloppé de ta puissance ces terres qui vous étaient inconnues, et comment ta présence a causé aux