Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 2.djvu/168

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GRANDS VOYAGES ET GRANDS VOYAGEURS

masse d’îles qui le bordent et semblent le défendre des assauts de l’Océan, à travers ces fiords étroits et profonds qui semblent coupés dans le sol même par quelque gigantesque épée, ils partaient sur ces navires de chêne dont l’apparition fit trembler les riverains de la mer du Nord et de la Manche. Quelquefois pontés, ces bâtiments, grands ou petits, longs ou courts, étaient le plus souvent terminés à l’avant par un éperon, d’une taille énorme, au-dessus duquel la proue s’élevait parfois à une grande hauteur, en affectant la forme d’un S. Les hällristningar, ainsi nomme-t-on les représentations graphiques si souvent rencontrées sur les rochers de la Suède et de la Norvége, nous permettent de nous figurer ces rapides embarcations, qui pouvaient porter un équipage considérable. Tels le Long-Serpent d’Olaf Tryggvason qui avait trente-deux bancs de rameurs et contenait quatre-vingt-dix hommes, le navire de Kanut qui en portait soixante, et les deux bâtiments d’Olaf le Saint que montaient parfois deux cents hommes. Les rois de la mer, comme on appela souvent ces aventuriers, vivaient sur l’Océan, ne s’établissant jamais à terre, passant du pillage d’un château à l’incendie d’une abbaye, dévastant les côtes de France, remontant les rivières, notamment la Seine jusqu’à Paris, courant la Méditerranée jusqu’à Constantinople, s’établissant plus tard en Sicile, et laissant dans toutes les régions du monde connu des traces de leurs incursions ou de leur séjour.

C’est que la piraterie, loin d’être comme aujourd’hui