Page:Verne - La Chasse au Météore, Hetzel, 1908.djvu/106

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X

Dans lequel il vient une idée et même deux idées à Zéphyrin Xirdal.

Dans le langage familier, on disait couramment : « Zéphyrin Xirdal ?… Quel type ! » Tant au physique qu’au moral, Zéphyrin Xirdal était, en effet, un personnage peu ordinaire.

Long corps dégingandé, chemise souvent sans col et toujours sans manchettes, pantalon en tire-bouchon, gilet auquel manquaient deux boutons sur trois, veston immense aux poches gonflées de mille objets divers, le tout fort sale et pris au hasard dans un amoncellement de costumes disparates, telle était l’anatomie générale de Zéphyrin Xirdal, et telle était la manière dont il comprenait l’élégance. De ses épaules, voûtées comme le plafond d’une cave, pendaient des bras kilométriques terminés par d’énormes mains velues, — d’une prodigieuse adresse, d’ailleurs — que leur propriétaire ne mettait en contact avec le savon qu’à des intervalles indéterminés.

Si la tête était, à la façon de tout le monde, le point culminant de son individu, c’est qu’il n’avait pu faire autrement. Mais cet original se rattrapait en offrant à l’admiration publique un visage dont la laideur atteignait au paradoxe. Rien cependant de plus « prenant » que ces traits heurtés et contradictoires : menton lourd et carré, grande bouche aux lèvres épaisses, bien meublée de dents superbes, nez largement épaté, oreilles mal ourlées qui semblaient fuir avec horreur le contact du crâne, tout cela n’évoquait que très indirectement le souvenir du bel Antinoüs. Par contre, le front, grandiosement modelé, d’une noblesse de lignes admirable, couronnait ce visage étrange, comme un temple couronne une colline, temple à la taille des plus sublimes pensées. Enfin, pour achever de dérouter son monde, Zéphyrin Xirdal, au-dessous de ce vaste front, ouvrait à la lumière du jour deux