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LA CHASSE AU MÉTÉORE

Que faisait donc Zéphyrin Xirdal ?

En général, on doit le reconnaître, il se contentait de suivre ses rêves dans l’odorante fumée d’une pipe inextinguible.

Mais parfois, à des intervalles variables, il avait une idée. Ce jour-là, il rangeait sa table à sa manière, c’est-à-dire en la balayant d’un coup de poing, et s’y installait, pour la quitter seulement le travail terminé, que ce travail durât quarante minutes ou quarante heures. Puis, le point final apposé, il laissait le papier contenant le résultat de ses recherches sur la table, où ce papier amorçait une future pile, qui serait balayée comme la précédente, lors de la prochaine crise du travail.

Au cours de ces crises successives et irrégulièrement espacées, il avait touché un peu à tout. Mathématiques transcendantes, physique, chimie, physiologie, philosophie, sciences pures et appliquées avaient, à tour de rôle, sollicité son attention. Quel que fût le problème, il l’avait toujours abordé avec autant de violence, autant de frénésie, et ne l’avait jamais abandonné que résolu, à moins que…

À moins qu’une autre idée ne l’en détournât avec la même soudaineté. Il pouvait arriver alors que ce fantaisiste outrancier se lançât à corps perdu dans les plaines de la chimère à la poursuite du second papillon dont les brillantes couleurs l’hypnotisaient, et qu’il perdît jusqu’au souvenir de ses préoccupations antérieures dans l’enivrement de son nouveau rêve.

Mais ce n’était, dans ce cas, que partie remise. Un beau jour, retrouvant inopinément le travail ébauché, il s’y attelait avec une passion toute neuve et, fût-ce après deux ou trois interruptions successives, ne manquait pas de l’amener à sa conclusion.

Que d’aperçus ingénieux ou profonds, que de notes définitives sur les difficultés les plus ardues des sciences exactes ou expérimentales, que d’inventions pratiques dormaient dans l’amoncellement de paperasses que foulait Zéphyrin Xirdal d’un pied dédaigneux ! Jamais celui-ci n’avait songé à tirer parti de ce trésor, si ce n’est, toutefois, lorsqu’un de ses rares amis se plaignait devant lui de l’inutilité d’une recherche dans un sens quelconque.

« Attendez donc, disait alors Xirdal. Je dois avoir quelque chose là-dessus. »

En même temps, il allongeait la main, avisait du premier coup,