Page:Verne - La Chasse au Météore, Hetzel, 1908.djvu/124

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XI

Dans lequel Mr Dean Forsyth et le docteur Hudelson éprouvent une violente émotion.

Le bolide était parfaitement connu désormais. Par la pensée, tout au moins, on en avait fait le tour. On avait déterminé son orbite, sa vitesse, son volume, sa masse, sa nature, sa valeur. Il ne causait même plus d’inquiétudes, puisque, suivant sa trajectoire d’un mouvement uniforme, il n’était pas destiné à jamais tomber sur la terre. Rien de plus naturel que l’attention publique se détournât de ce météore inaccessible, qui avait perdu son mystère.

Sans doute, dans les observatoires, quelques astronomes jetaient encore de temps en temps un regard rapide sur la sphère d’or qui gravitait au-dessus de leurs têtes ; mais ils s’en détournaient vite, pour s’attacher à d’autres problèmes de l’espace.

La terre possédait un second satellite, voilà tout. Que ce satellite fût en fer ou en or, qu’est-ce que cela pouvait faire à des savants, pour lesquels le monde n’est guère qu’une abstraction mathématique ?

Il était regrettable que Mr Dean Forsyth et le docteur Sydney Hudelson n’eussent pas des âmes aussi ingénues. L’indifférence qui grandissait autour d’eux ne calmait pas leur imagination enfiévrée, et ils s’acharnaient tout autant à observer le bolide — leur bolide ! — avec une ardeur qui confinait à la rage. À tous ses passages, ils étaient là, l’œil collé à l’oculaire de la lunette ou du télescope, même aux heures où le météore ne s’élevait que de quelques degrés au-dessus de l’horizon.

Le temps, qui se maintenait splendide, favorisait déplorablement leur manie, en leur permettant d’apercevoir l’astre errant une douzaine de fois par vingt-quatre heures. Qu’il dût ou non tomber sur la terre, les insolites particularités de ce météore,