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LA CHASSE AU MÉTÉORE

s’occupait que du merveilleux météore, de son passage dans le ciel, de sa chute annoncée à jours fixes — quoique différents ! — par les deux astronomes de la ville. Les groupes réunis sur la place de la Constitution, les gens de service à la porte des hôtels ne s’inquiétaient guère de la présence de Mrs Arcadia Stanfort. Nous ne savons si, comme semblerait l’établir la croyance populaire aux lunatiques, la lune exerce une certaine influence sur les cervelles humaines. En tout cas, il est permis d’affirmer que notre globe comptait alors un nombre prodigieux de « météoriques ». Ceux-ci en oubliaient le boire et le manger, à la pensée qu’un globe valant des milliards se promenait au-dessus de leur tête, et viendrait un de ces jours s’écraser sur le sol.

Mrs Stanfort avait évidemment d’autres soucis.

« Tu ne le vois pas, Bertha ? répéta-t-elle après un bref instant d’attente.

— Non, madame. »

À ce moment, des cris s’élevèrent à l’extrémité de la place. Les passants se précipitèrent de ce côté. Plusieurs centaines de personnes étant accourues par les rues voisines, le rassemblement fut bientôt considérable. En même temps, les fenêtres des hôtels se garnissaient de curieux.

« Le voilà !… le voilà !… »

Tels étaient les mots qui volaient de bouche en bouche. Et ces mots répondaient si bien au désir de Mrs Arcadia Stanfort, qu’elle s’écria : « Enfin !… » comme s’ils se fussent adressés à elle.

« Mais non, madame, dut lui dire sa femme de chambre, ce n’est pas pour Madame que l’on crie. »

Et en vérité, à quel propos la foule eût-elle acclamé de la sorte celui qu’attendait Mrs Arcadia Stanfort ? Pourquoi eût-elle remarqué son arrivée ?

D’ailleurs, toutes les têtes se levaient vers le ciel, tous les bras se tendaient, tous les regards se dirigeaient vers la partie nord de l’horizon. Était- ce le fameux bolide qui faisait son apparition au-dessus de la cité ? Les habitants s’étaient-ils réunis sur la place pour le saluer au passage ?

Non. À cette heure, il sillonnait l’espace dans l’autre hémisphère. Au surplus, quand bien même il eût sillonné l’espace au-dessus de l’horizon, ce n’est pas à l’œil nu qu’il eût été possible de l’apercevoir en plein jour.