Page:Verne - La Chasse au Météore, Hetzel, 1908.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
143
LA CHASSE AU MÉTÉORE

ment, l’un à sa tour, l’autre à son donjon. Il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour reconnaître que J. B. K. Lowenthal avait raison, puisqu’ils eurent beaucoup de peine à retrouver leur bolide vagabond et qu’ils ne l’aperçurent pas au rendez-vous que leurs calculs, décidément inexacts, lui assignaient.

Mr Dean Forsyth et le docteur Hudelson ne tardèrent pas à ressentir les effets de leur pénible erreur. Qu’étaient-ils devenus, ces cortèges qui les avaient triomphalement conduits à la gare ? Visiblement la faveur publique s’était retirée d’eux. Qu’il leur fut douloureux, après avoir savouré à longs traits la popularité, d’être soudain privés de ce breuvage enivrant !

Mais un souci plus grave s’imposa bientôt à leur attention. Ainsi que le juge John Proth l’avait prédit à mots couverts, un troisième compétiteur se dressait en face d’eux. Ce fut d’abord un bruit sourd qui courut dans la foule, puis, en quelques heures, ce bruit sourd devint nouvelle officielle, annoncée à son de trompe urbi et orbi.

Difficile à combattre, ce troisième larron, qui réunissait en sa personne tout l’univers civilisé. Si Mr Dean Forsyth et le docteur Hudelson n’avaient pas été aveuglés à ce point par la passion, ils eussent dès l’origine prévu son intervention. Au lieu de s’intenter réciproquement un procès ridicule, ils se seraient dit que les divers gouvernements du monde s’occuperaient nécessairement de ces milliers de milliards, dont l’apport subit pouvait être la cause de la plus terrible révolution financière. Ce raisonnement si naturel et si simple, Mr Dean Forsyth et le docteur Hudelson ne l’avaient cependant pas fait, et l’annonce de la réunion d’une Conférence Internationale les atteignit comme un coup de foudre.

Ils coururent aux informations. La nouvelle était exacte. Même on désignait déjà les membres de la future Conférence qui se réunirait à Washington, à une date que la longueur du voyage de certains délégués rendait malheureusement plus éloignée qu’il n’eût été désirable. Toutefois, pressés par les circonstances, les gouvernements avaient décidé que, sans attendre les délégués, il serait tenu à Washington des réunions préparatoires entre les divers diplomates accrédités auprès du gouvernement américain. Les délégués extraordinaires arriveraient pendant que se poursuivraient ces réunions préparatoires, au cours