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LA CHASSE AU MÉTÉORE

Très heureusement, si J. B. K. Lowenthal n’avait pas fait erreur, le bolide devait choir sur une région assez abordable, et au cours de ce mois d’août qui relève la température au-dessus de la glace. À cette époque de l’année, le sol peut justifier, par endroits, l’ironique qualification de terre verte donnée à ce morceau du Nouveau Continent. Dans les jardins poussent quelques légumes et certaines graminées, alors que, vers l’intérieur, le botaniste ne récolterait que mousses et lichens. Sur le littoral, des pâturages apparaissent après la fonte des glaces, ce qui permet d’entretenir un peu de bétail. Certes, on n’y compterait par centaines, ni les bœufs, ni les vaches, mais il s’y rencontre des poules et des chèvres d’une endurance toute rustique, sans oublier les rennes et la nombreuse population des chiens.

Par exemple, après deux ou trois mois d’été, tout au plus, l’hiver revient avec ses interminables nuits, ses rudes courants atmosphériques partis des régions polaires et ses épouvantables blizzards. Sur la carapace qui recouvre le sol, voltige une sorte de poussière grise, dite poussière de glace, cette cryokonite pleine de plantes microscopiques dont Nordenskiold recueillit les premiers échantillons.

Mais, de ce que le météore ne dût pas tomber à l’intérieur de la grande terre, il ne s’ensuivait pas que la possession en fût assurée au Groenland.

Upernivik ne se trouve pas seulement au bord de la mer, c’est la mer qui l’entoure de toutes parts. C’est une île au milieu d’un nombreux archipel d’îlots semés le long du littoral, et cette île, qui n’a pas dix lieues de tour, offrait, on en conviendra, une cible bien étroite au boulet aérien. S’il ne l’atteignait pas avec une justesse mathématique, il passait à côté du but, et les eaux de la mer de Baffin se refermeraient sur lui. Or, la mer est profonde en ces parages hyperboréens, et c’est à mille ou deux mille mètres que la sonde en atteint le fond. Allez donc repêcher dans cet abîme une masse pesant près de neuf cent mille tonnes.

Une telle éventualité ne laissait pas de préoccuper vivement M. de Schnack qui avait plus d’une fois confié ses inquiétudes à Seth Stanfort, avec lequel il s’était lié au cours de la traversée. Mais, contre ce danger, il n’y avait rien à faire, et l’on ne pouvait que s’en remettre aux calculs du savant J. B. K. Lowenthal.

Ce malheur, que redoutait M. de Schnack, Francis Gordon et