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LA CHASSE AU MÉTÉORE

immanente, — que devait se rompre la fastidieuse monotonie de ces dernières journées d’attente.

Mr Seth Stanfort se promenait sur la plage pour assister au débarquement des passagers de l’Oregon, lorsqu’il s’arrêta soudain à la vue d’une dame qu’une des embarcations déposait sur le sable.

Seth Stanfort, doutant du témoignage de ses yeux, s’approcha, et, d’un ton qui exprimait la surprise, mais aucun déplaisir :

« Mrs Arcadia Walker, si je ne fais point erreur ? dit-il.

— Mr Stanfort ! répondit la passagère.

— Je ne m’attendais pas, Mrs Arcadia, à vous revoir sur cette île lointaine.

— Et moi pas davantage, Mr Stanfort.

— Comment vous portez-vous, Mrs Arcadia ?

— On ne peut mieux, Mr Stanfort… Et vous-même ?

— Très bien, tout à fait bien ! »

Sans plus de formalités, ils se mirent à causer, comme deux anciennes connaissances qui viennent de se retrouver par le plus grand des hasards. Mrs Arcadia Walker de demander tout d’abord en levant la main vers l’espace :

« Il n’est pas encore tombé ?

— Non, rassurez-vous ; pas encore, mais cela ne saurait tarder.

— Je serai donc là ! dit Mrs Arcadia Walker avec une vive satisfaction.

— Comme j’y suis moi-même », répondit Mr Seth Stanfort.

Décidément, c’étaient deux personnes très distinguées, deux personnes du monde, pour ne pas dire deux anciens amis, qu’un pareil sentiment de curiosité réunissait sur cette plage d’Upernivik.

Pourquoi, après tout, en aurait-il été autrement ? Certes, Mrs Arcadia Walker n’avait point trouvé en Seth Stanfort son idéal, mais peut-être bien que cet idéal n’existait pas, puisqu’elle ne l’avait rencontré nulle part. Jamais l’étincelle, qu’on appelle « coup de foudre » dans les romans, n’avait jailli pour elle, et, à défaut de cette étincelle légendaire, nul ne s’était emparé de son cœur par la reconnaissance due à quelque service éclatant. Expérience loyalement faite, le mariage ne s’était pas trouvé à sa con-