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LA CHASSE AU MÉTÉORE

venance, non plus qu’à celle de Mr Seth Stanfort ; mais, tandis qu’elle éprouvait beaucoup de sympathie pour un homme qui avait eu la délicatesse de renoncer à être son mari, celui-ci gardait de son ex-femme le souvenir d’une personne intelligente, originale, devenue absolument parfaite en cessant d’être sa femme.

Ils s’étaient séparés sans reproche, sans récrimination. Mr Seth Stanfort avait voyagé de son côté, Mrs Arcadia du sien. Leur fantaisie les amenait tous deux sur cette île groenlandaise. Pourquoi auraient-ils affecté de ne pas se connaître ? Quoi de plus vulgaire que de se considérer comme prisonniers des préjugés et des plus sottes conventions ? Ces premiers propos échangés, Mr Seth Stanfort se mit à la disposition de Mrs Arcadia Walker, qui accepta très volontiers les services de Mr Seth Stanfort, et il ne fut plus question entre eux que du phénomène météorologique dont le dénouement était si proche.

À mesure que le temps s’écoulait, un énervement croissant troublait les curieux réunis sur ce lointain rivage, et plus spécialement les principaux intéressés, parmi lesquels il faut bien ranger, outre le Groënland, Mr Dean Forsyth et le docteur Sydney Hudelson, puisqu’ils s’entêtaient à s’attribuer cette qualité.

« Pourvu qu’il tombe bien sur l’île ! » pensaient MM. Forsyth et Hudelson.

« Et non à côté ! » pensait le chef du gouvernement groenlandais.

« Mais pas sur nos têtes ! » ajoutaient en eux-mêmes quelques trembleurs.

Trop près ou trop loin, c’étaient là, en effet, les deux seuls points inquiétants.

Le 16 et le 17 août passèrent sans aucun incident. Par malheur, le temps devenait mauvais, et la température commençait à baisser sensiblement. Peut-être cet hiver serait-il précoce. Les montagnes du littoral étaient déjà couvertes de neige, et, lorsque le vent soufflait de ce côté, il était si âpre, si pénétrant, qu’il fallait se mettre à l’abri dans les salons des navires. Il n’y aurait donc pas lieu de séjourner sous de pareilles latitudes, et, leur curiosité satisfaite, les curieux reprendraient volontiers la route du Sud.

Seuls, peut-être, les deux rivaux, entêtés à faire valoir ce qu’ils