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LA CHASSE AU MÉTÉORE

parti, afin de porter télégraphiquement la grande nouvelle à la connaissance du monde entier. Dans quarante-huit heures, la chute du bolide serait donc universellement connue. Cela n’allait-il pas déranger les plans de M. Lecœur ? En aucune façon. Le départ de l’Atlantic remontant à vingt-quatre heures, et la marche du yacht étant notablement supérieure, le banquier disposait de trente-six heures d’avance, délai suffisant pour mener à bonne fin sa spéculation financière.

Si le gouvernement groënlandais s’était senti rassuré par la présence de cinquante gardiens, à quel point ne dut-il pas l’être dans l’après-midi du même jour, en constatant que soixante-dix hommes surveillaient désormais le météore ?

Vers midi, un croiseur avait mouillé devant Upernivik. À sa corne flottait le pavillon étoile des États-Unis d’Amérique. Son ancre à peine par le fond, ce croiseur avait débarqué vingt hommes, qui, sous le commandement d’un midshipman, campaient maintenant dans les alentours du bolide.

Quand il connut cet accroissement du service d’ordre, M. de Schnack éprouva des sentiments contradictoires. S’il fut satisfait de savoir le précieux bolide défendu avec tant de zèle, ce débarquement de marins américains en armes sur le territoire groënlandais ne laissa pas de lui causer de sérieuses inquiétudes. Le midshipman, à qui il s’en ouvrit, ne put le renseigner. Il obéissait à l’ordre de ses chefs et ne cherchait pas plus loin.

M. de Schnack se résolut donc à porter dès le lendemain ses doléances à bord du croiseur, mais, quand il voulut exécuter son projet, il se trouva en face d’un travail double.

Pendant la nuit, un deuxième croiseur, anglais celui-là, était arrivé, en effet. Le commandant, apprenant que la chute du météore était un fait accompli, avait, à l’exemple de son collègue américain, débarqué, lui aussi, une vingtaine de marins, et ceux-ci, sous la conduite d’un second midshipman, se dirigèrent au pas accéléré vers le nord-ouest de l’île.

M. de Schnack devint perplexe. Que signifiait tout cela ? Et ses perplexités augmentèrent à mesure que le temps s’écoula. L’après-midi, on signala un troisième croiseur battant pavillon tricolore, et, deux heures plus tard, vingt matelots français, sous le commandement d’un enseigne, allaient à leur tour monter la garde autour du bolide.