Page:Verne - La Chasse au Météore, Hetzel, 1908.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
24
LA CHASSE AU MÉTÉORE

— Le soleil, déclara Omicron, dont la réponse fut approuvée d’un signe par son maître.

— Mais, mon oncle, vous n’avez pas, je pense, invité le soleil à déjeuner, et l’on peut se mettre à table sans lui. »

Que répliquer à cela ? Si l’astre radieux ne se montrait pas de toute la journée, Mr Dean Forsyth s’entêterait-il à jeûner jusqu’au soir ?

Peut-être, après tout, car l’astronome ne semblait pas disposé à obéir à l’invitation de son neveu.

« Mon oncle, insista celui-ci, Mitz s’impatiente, je vous en préviens. »

Du coup, Mr Dean Forsyth reprit conscience de la réalité. Les impatiences de la bonne Mitz, il les connaissait. Puisqu’elle lui avait dépêché un exprès, c’est que la situation était grave, et il fallait se rendre sans plus tarder.

« Quelle heure est-il donc ? demanda-t-il.

— Onze heures quarante-six », répondit Francis Gordon.

Telle était l’heure, en effet, marquée par la pendule, alors que, d’ordinaire, l’oncle et le neveu s’asseyaient en face l’un de l’autre à onze heures précises.

« Onze heures quarante-six ! s’écria Mr Dean Forsyth en simulant un vif mécontentement afin de cacher son inquiétude. Je ne comprends pas que Mitz soit d’une telle irrégularité !

— Mais, mon oncle, objecta Francis, c’est la troisième fois que nous frappons inutilement à la porte. »

Sans répondre, Mr Dean Forsyth s’engagea dans l’escalier, tandis qu’Omicron, qui servait habituellement le repas, demeurait en observation, guettant un retour du soleil.

L’oncle et le neveu pénétrèrent dans la salle à manger.

Mitz était là. Elle regarda son maître en face, et celui-ci baissa la tête.

« L’ami Krone ?… interrogea-t-elle, car c’est ainsi que Mitz, dans son innocence, désignait la cinquième voyelle de l’alphabet grec.

— Il est occupé là-haut, répondit Francis Gordon. Nous nous passerons de lui ce matin.

— Avec plaisir ! déclara Mitz d’un ton bourru.

Ma fine ! il peut bien rester dans son haut servatoire (observatoire) tant que ça lui chantera. Tout n’en ira que mieux ici sans cet empâté de première classe. »