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LA CHASSE AU MÉTÉORE

— Ma fine ! déclara Mitz, après trois semaines de sécheresse, ça ne serait pas de refus pour les biens de la terre.

— La terre !… La terre !… murmura Mr Dean Forsyth avec un si parfait dédain qu’il s’attira cette réponse de la vieille servante :

— Oui, la terre, monsieur. J’imagine qu’elle vaut bien le ciel, dont vous ne voulez jamais descendre… même à l’heure du déjeuner !

— Voyons, ma bonne Mitz », dit Francis Gordon d’une voix insinuante.

Peine perdue. La bonne Mitz n’était pas d’humeur à se laisser séduire.

« Il n’y a pas de « ma bonne Mitz », continua-t-elle sur le même ton. C’est vraiment pas la peine de vous esquinter le tempérament à regarder la lune, pour ne pas savoir qu’il pleut au printemps. S’il ne pleut pas au mois de mars, quand pleuvra-t-il ? Je vous le demande.

— Mon oncle, approuva le neveu, c’est vrai que nous sommes en mars, au début du printemps, et il faut bien en prendre son parti !… Mais bientôt, ce sera l’été et vous aurez un ciel plus pur. Vous pourrez alors continuer vos travaux dans des conditions meilleures ! Un peu de patience, mon oncle !

— De la patience, Francis ? répliqua Mr Dean Forsyth dont le front n’était pas moins rembruni que l’atmosphère, de la patience !… Et, s’il s’en va si loin qu’on ne puisse l’apercevoir ?… Et s’il ne se montre plus au-dessus de l’horizon ?

— Il ?… intervint Mitz. Qui ça, il ?

À cet instant, la voix d’Omicron se fit entendre :

« Monsieur !… Monsieur !

— Il y a du nouveau », s’écria Mr Dean Forsyth en repoussant précipitamment sa chaise et en se dirigeant vers la porte. Il ne l’avait pas atteinte, qu’un vif rayon pénétrait par la fenêtre et piquait de paillettes lumineuses les verres et les bouteilles garnissant la table.

« Le soleil !… Le soleil !… répétait Mr Dean Forsyth, qui montait l’escalier en toute hâte.

C’est-y Dieu permis ! dit Mitz en s’asseyant sur une chaise. Le voilà parti, et, quand il est enfermé à double tour avec son ami Krone dans le haut servatoire, on peut l’appeler. Autant on en porte devant ! (en emporte le vent). Quant au déjeuner, il se